Dons maudits, fièvre et cannibalisme : un week-end deux bulles (11)

Clément Solym - 25.09.2010

Bande Dessinée - tony - chu - gout


Chaque semaine, deux BD à découvrir... Cette fois, ce sont des dons pas tout à fait communs... Bon appétit

Tony Chu, détective cannibale t.1 ; goût décès - John Layman, Ray Guillory


La cibopathie vous évoque quelque chose ? Oui, non, peut-être ? Que de questions sans réponses… Pour faire simple, c’est un don qui vous permet, quand vous en êtes atteint de pouvoir déterminer l’origine, le passé ou encore le conditionnement de n’importe quel aliment que vous ingérez. Une bénédiction ? Certainement. Et plus particulièrement quand vous bossez pour la police.

Dans un monde en proie aux retombées sociales depuis qu’une épidémie de grippe aviaire s’est abattue sur le monde, l’inspecteur Tony Chu s’est fait recruter par le RAS, la Répression des Aliments et Stupéfiants. Forcément, avec un don comme le sien, la maison chargée de lutter contre la vente au marché noir de poulet (grippe oblige…) ne saurait se passer d’une pareille recrue.

D’ailleurs, Tony a déjà croqué son premier cadavre, pour lui extorquer des informations. Difficile de rester à son poste et crédible devant la brigade quand on passe pour un cannibale… Dans un monde où le poulet est tabou, pas facile de faire sa place dans la maison poulagat…

Attention, scandale : ce premier tome est truffé d’humour sanguinolent et d’une franche camaraderie qu’Hannibal Lecter n’aurait pas reniée.
Avec un dessin bien sympathique, rappelant quelque peu celui des personnages du groupe Gorillaz, les péripéties de notre inspecteur devenu cannibale par la force des choses sont simplement grinçantes.


Entre un Dexter résigné et un Mulder au pays de la volaille grippée, on suffoque, on s'esclaffe et on piaffe d'impatience de découvrir le prochain tome. Ça donne envie de voler dans les plumes et de s'enfiler des pilons de poulet par dizaine dans le premier KFC qui vous tombe sous la main. Les autres personnages sont tout aussi hauts en couleurs, comme la chroniqueuse gastronomique capable de filer la gerbe à ses lecteurs par son pouvoir d'évocation, ou encore Mason Savoy, sorte de géant dérangeant, mais au bon coeur, qui partage la même malédiction que Tony.

Ajoutez deux ou trois acteurs secondaires complètement déjantés, et vous avez sous la main un titre de pur plaisir, entre adrénaline, hémoglobine et sucs gastriques...

Tony Chu, détective cannibale t.1 ; goût décès - John Layman, Ray Guillory
Publié chez Delcourt
150 pages, 14,95 €
9782756023212
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Neuf ou d’occasion, retrouvez Tony Chu




Le don (One Shot) - Lorenzo Bartoli , Massimo Carnevale


Erci ressemble à un clochard avec lesquels il partage sa vie. Une différence le sépare d'eux cependant, autant qu'elle le discrimine de toute forme d'humanité. Il est possédé par un don fulgurant, une forme d'empathie exacerbée : le shining. Au contact de toute personne, il peut percevoir sa vie, ses frayeurs, son existence entière qui défile, sans y avoir été invitée...

Au travers de son parcours dans la ville, il croise des gens. Six chapitres de rencontres toutes plus assourdissantes les unes que les autres. Toutes hissant la souffrance et le contraignant à la compassion, au partage viscéral de leur douleur. C'est un enfant abandonné dans une poubelle, fruit d'un viol. C'est Van Gogh, perdu dans sa folie et sa peinture. C'est un jazzman qui parle par son saxophone, criant une existence trop lourde. Ce sont ces adolescents abrutis par Orange mécanique sans en avoir compris le sens.

C'est une vie à pleurer et souffrir, sans pouvoir faire autrement que d'endurer les souffrances des autres.

Six chapitres, six tableaux dont le graphisme reflète si bien le propos. C'est un peu de Dave McKean que l'on retrouve, avec une noirceur violente. Dans chaque séquence, on se téléporte vers un nouvel univers, que les couleurs seules différencient du précédent. Car c'est avant tout un partage de douleur. Une fixation du seuil de la douleur. Mention spéciale d'ailleurs à celle où Van Gogh apparaît.

Maintenant, le propos du shining n'est pas neuf. Le contact, l'application des mains, tout cela, semble-t-il, sert avant tout de prétexte à une démonstration d'un talent évident, incontestable, mais inégalement utilisé. Les chapitres sont de petits écrins, qui mit bout à bout ne révèlent cependant pas un joyau. Visuellement on en prend plein les yeux, là où les scénarios semblent répétitifs.

Impression fausse, ou non, Le Don n'en reste pas moins une BD d'excellente qualité. Avec un prix légèrement plus doux, on n'aurait moins hésité à le recommander...

le don (One Shot) - Lorenzo Bartoli , Massimo Carnevale
Publié chez Le Lombard
64 pages, 15,50 €
9782803627226