Du zombie pour tronçonner votre sapin

Clément Solym - 10.12.2011

Bande Dessinée - Zombies - AteTheWorld - Frissen


On sait que les zombies sont à la mode mais Jerry Frissen avait un peu d'avance. Passionné de séries B et d'hémoglobine défraîchie, ce scénariste tout-terrain, né en Belgique, s'est installé pour de bon au pays de l'Oncle Sam, en Californie il y a plus de dix ans, là où il fait chaud et où les jeunes filles en maillot font la file devant les studios de cinéma. C'est donc tout naturellement qu'il fait appel à un dessinateur américain, Guy Davis, pour illustrer ses historiettes crépusculaires, délirantes et sanguinolentes.

 Zombie !

Nous sommes dans un futur proche, en 2064, le monde que nous connaissons n'a pas complètement disparu mais les lieux qui nous sont familiers doivent désormais être partagés entre les humains de chair et d'os et leurs confrère morts-vivants. La cohabitation n'est pas très organisée, chacun se débrouille comme il le peut et comme il le sent. On réserve aux personnes revenues à la vie les tâches subalternes, tandis que les vivants doivent s'accommoder de ces nouveaux Terriens, plus bêtes et plus lents encore que les anciens, ce qui, dans le monde de Frissen où les abrutis sont légion, n'est pas peu dire.

 

Dans ce décor assez peu banal, on suit plus particulièrement le chemin louvoyant d'un frère et d'une sœur, Karl et Maggie Neard, puis de leur copain belge, Freddy Merckx, peut-être bien la créature la plus stupide que l'univers ait jamais engendré. Borné et abruti mais doté d'une force colossale, le Belge ne se fait pas prier pour dézinguer du zombie. A côté de lui, le frère et la sœur passent pour des lumières, et pourtant, ils enfilent mauvaise idée sur mauvaise idée, comme les bouts de viande sur un pic à brochette.

Zombie !!

 

On le devine, l'humour est omniprésent et il s'agit ici d'une forme particulièrement noire de grotesque délirant. On tire au fusil à canon scié, on écharpe et découpe, on ressuscite si nécessaire, dans un grand bordel réjouissant où la seule morale est de n'en avoir aucune.

 

Loin de respecter le genre du récit de zombie, Frissen nous offre des histoires par épisodes dans l'exercice de style qu'il préfère : le dérapage contrôlé. Multipliant les personnages barges et allumés, il n'hésite pas à repousser, chapitre après chapitre, les limites du mauvais goût qu'il a lui-mêmes fixées. On sent qu'il s'amuse et ce plaisir est contagieux. Publiées à l'origine en albums aux Humanos et en format comics aux USA, ces histoires ressortent aujourd'hui aux Humanoïdes Associés sous forme d'intégrale de petit format à un prix totalement écrasé. L'occasion est belle, pour tout ceux qui ont loupé la sortie en format original, de rattraper le temps perdu et de se marrer un coup.

 

Avec « Les zombies qui ont mangé le monde », l'indigestion est assurée. Et pourtant, on en redemande.