Fluide Glacial délire sur les séries télé

Clément Solym - 15.09.2011

Bande Dessinée - Fluide- - Glacial - Flingue


Si les bonnes séries télés sont les grands romans de notre époque – c'est le lieu commun qui circule dans les médias dès qu'ils abordent ce genre autrefois méprisé –, n'oublions pas que les mauvaises séries sont alors la littérature de gare de ce début de siècle, avec leur avalanche d'épisodes formatés, juste bons à oublier une fois le poste de télé éteint.

Les séries américaines ne se contentent pas d'être sur toutes les chaînes, elles sont aussi sur toutes les lèvres. Voici que Fluide Glacial leur consacre un album complet, où certains des meilleurs auteurs du magazine réinterprètent avec beaucoup de mauvaise foi les personnages, les décors et les intrigues des gros cartons US du petit écran.

L'initiative rappelle tout de suite les pages de Mad Magazine, qui présentait à chaque parution une version loufoque d'un des films à l'affiche aux Etats-Unis, avec plus ou moins de bonheur, d'ailleurs. On ne peut pas toujours être inspiré. C'est bien le problème de ce genre de parodies. Le résultat est forcément inégal. Les récits en quelques planches se suivent et certains, bien que très courts, parviennent à ennuyer le lecteur dès la troisième case. Il ne s'agit pas juste d'être capable de dessiner les personnages : il faut surtout trouver quelque chose de drôle à raconter, qui tienne pour le lecteur.

Au rayon des réussites, on peut compter la version désabusée de Californication proposée par Pluttark. David Duchovny est contraint d'y tenir son rôle alors que sa partenaire de X-Files fait tout pour raccrocher son char à celui de son ancien complice. Le remix tape juste, le dessin est aussi inexpressif que le comédien et prend la série pour ce qu'elle est : un feuilleton prétendument impertinent d'une platitude totale.

James s'attaque quant à lui à Lie to Me. Il offre à son personnage central, William, scénariste de bande dessinée, le superpouvoir du héros de la série : il lit dans de petits signes anodins les plus gros mensonges. Cette faculté, loin de le servir, l'embrouille plutôt lorsqu'il s'agit de négocier la sortie de son nouvel album face au rédac' chef. Drôle et bien senti.

Libon ne prend pas la peine de dessiner les personnages fidèlement à la série qu'il maltraite. Un petit glossaire en haut de planche et tout le monde associe les visages dessinés avec ceux de la série, même s'ils ne ressemblent que lorsqu'on ferme les yeux ou presque. En une planche, il résume les dix saisons de Friends et, en une deuxième, nous raconte l'intégrale de la saison 11 et l'on comprend aisément pourquoi elle n'a jamais été tournée, puis enchaîne en roue libre avec la 12 et la 13, sur une planche chacune. Du pur délire. Un vrai délice.

Voilà pour les meilleurs, à mes yeux. Au programme, on trouve encore Mad Men, 24h chrono, Desperate Housewives, Smallville, les Sopranos, les Experts, Docteur House, Hulk et Dallas. De quoi plaire à tous les publics. Ou les décevoir, parfois. Comme le nouvel épisode d'une série qu'on aime, la parodie n'est pas toujours à la hauteur des attentes, c'est le genre qui veut ça. Dans les albums collectifs comme dans les feuilletons télé.