France en guerre, famille en ruine : Chez Blaise, rien ne va plus

Clément Solym - 21.09.2012

Bande Dessinée - Blaise - Opus3 - Planchon


Blaise a bien grandi depuis les deux premiers tomes de cette série de gags en décalage incontrôlé. Sa petite famille a volé en éclats, son père déprime, sa mère est recasée, vit en banlieue et a donné naissance à une petite demi-sœur. Blaise n'est désormais plus enfant unique : il est au front, envoyé avec les forces françaises lutter contre l'armée chinoise.

 

Si l'on ajoute à cela que ses parents ne fréquentent plus ni les expos ni les spectacles de danse contemporaine, que sa mère ne porte plus ses lunettes à grosses montures mais regarde la télé à longueur de soirée, on comprend que rien ne tourne plus rond dans le petit monde de ce héros hors norme.

 

La seule chose qui perdure, c'est le dysfonctionnement généralisé des protagonistes et les dialogues corrosifs qu'ils s'échangent.

 

Déployé en trois parties, la première consacrée au père, la deuxième au fils et la troisième à la mère, ce dernier album vient clore la trilogie. Il est moins politique que les deux précédents. Certes, la France est toujours menée d'une poigne de fer par un président guerrier, mais comme Dabi Doubane, la personnalité préférée des Français est mort, c'est à présent au comique Sammy Boudboule de répandre la bonne parole du gouvernement sur les masses laborieuses.

 

Plus égocentrique encore que le philosophe polémiste Pierre-André de Sainte-Odile, qui paradait dans le deuxième tome, le comédien-réalisateur ne parle que des critiques qui ont osé, en disant du mal de son film, attaquer de front les huit millions de spectateurs qui se sont déplacés dans les salles pour rire de bon cœur.

 

 

 

 

Le premier tome de Blaise m'avait emballé, j'en avais d'ailleurs parlé dans Bain à Bulles. Le deuxième m'avait plié en deux, ce troisième, plus noir et moins outrancier, confirme que Dimitri Planchon ne se repose pas sur ses lauriers. Il renouvelle les thématiques de ses gags, tout en conservant la ligne graphique de son entreprise, qui en est la marque de fabrique. Ses planches réalisées en photomontages redessinés et colorisés à l'ordinateur, font coexister personnages et décors faussement réalistes délicieusement datés.

 

Malgré la thématique du deuil et de la mort qui hantent les trois parties, l'humour surgit sans cesse des innombrables contradictions qui surgissent entre ce que pensent les personnages et ce qu'ils disent, entre ce qu'il disent et ce qu'ils font, entre ce qu'ils font et ce qu'ils voudraient faire vraiment. Planchon n'a pas son pareil pour mettre en images les petites lâchetés et les paradoxes de ses personnages, à la fois trouillards et grandes gueules, donneurs de leçons et preneurs de pieds dans le tapis.

 

Comme dans les deux premiers tomes qu'on relira avec grand plaisir, on rit de ces personnages minables jusqu'au bout et l'on ne peut s'empêcher de penser, à chacune des planches, qu'ils ne sont pas très différents de nous.

 

 

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