Frangins par Max de Radiguès : deux frères qui n'en sont pas

Clément Solym - 29.08.2011

Bande Dessinée - Frangins - Max - de


La collaboration entre Max de Radiguès et les éditions Sarbacane semble si naturelle qu'on se demande comment l'auteur et l'éditeur n'y avaient pas pensé plus tôt. En effet, la collection BD jeunesse de Sarbacane accueille des albums au dessin toujours simple et lisible, parmi lesquelles ont trouve notamment les formidables aventures d'Anna et Froga par Anouk Ricard ou le décapant « 10 petits insectes » de Davide Cali et Vincent Pianina.

De son côté, Max de Radiguès a publié plusieurs albums pour tout public chez L'employé du moi, maison d'édition indépendante basée à Bruxelles, qu'il continue d'animer avec Sacha Georg. Sa ligne claire très lisible, à l'encre noire sur fond blanc d'abord, puis en couleurs ensuite, a donné vie à des personnages touchants, comme Antti Brysselissäet Jacques Delwitte, dont il a raconté des tranches de vie dans ses deux premiers albums, avant de s'attaquer, en ligne d'abord (sur le site www.grandpapier.org) puis en album, à des récits qui font resurgir le bouillonnement émotionnel de l'adolescence.

C'est dans cette lignée, entamée avec la publication de « L'Age dur » à l'Employé du moi, que s'inscrit ce nouveau livre de Max de Radiguès, intitulé « Frangins ».

L'intrigue est très simple : Hugo part en vacances à la campagne avec son père et Valérie, la nouvelle compagne de ce dernier. Dans ses valise, Valérie a emmené Michel, son fils né d'un premier mariage. Hugo est donc contraint de passer quelques jours aux côtés de ce « frère » un peu plus âgé, qui lui ressemble si peu. Rien ne les rapproche, à première vue et, pourtant, les hasards d'une balade qui tourne mal vont les obliger à faire équipe et à se serrer les coudes.


Max de Radiguès joue habilement du décalage qui se crée à l'adolescence entre enfants d'âge assez proches dont l'un semble avoir déjà tout vécu tandis que l'autre se dit qu'il a encore tout à découvrir. Hugo, grand enfant à lunettes, semble avoir tout à apprendre de ce Michel qui fume en cachette et se moque des gamins qui regardent encore les dessins animés. Mais Hugo joue sur son terrain, il connaît le coin alors que Michel le découvre... La rencontre va finalement permettre aux deux ados de grandir un peu, chacun dans sa direction. Et de découvrir que, derrière les apparences et les idées toutes faites, il y a de vraies personnes, plus complexes et nuancées que la première idée que l'on se fait d'elles.

« Frangins » est au fond un récit d'apprentissage, à l'aube de l'adolescence. Max de Radiguès parvient, avec une intrigue toute simple et des rebondissements légers, à porter l'attention du lecteur sur les émotions des deux protagonistes et les peurs qui les traversent au cours de cette grande aventure immobile qui durera toute une nuit.


Pour raconter son histoire, l'auteur fait appel à un dispositif classique : de grandes cases carrées de taille régulière, où, soudain, au détour d'une planche, une case plus grande donne à voir la petitesse des personnages dans le décor. Le dessin est d'une limpidité à toute épreuve, laissant le champ libre aux protagonistes, le plus souvent représentés au milieu de la case. Les couleurs en à-plat ne sont pas là pour compliquer les choses, au contraire, elles semblent contribuer simplement à renforcer la lisibilité, jusqu'à ce que la nuit tombe et que ce changement d'ambiance soit particulièrement bien rendu par la rupture de tonalités.


La simplicité graphique et la fluidité du récit devraient permettre à tous les lecteurs, même les moins habitués à la bande dessinée, de rentrer dans cette histoire d'amitié qui se noue entre deux « frangins » qui n'en sont pas mais qui font très bien semblant, au bout du compte. Des amis, peut-être ?