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Incognito, I. Projet Overkill, Ed Brubaker, Sean Phillips

- 02.05.2010

Bande Dessinée - hyperviolent - amoral - surpuissant


Attention, un vent de pure folie vient de s'abattre. Dans la série du criminel repenti - au sens mafieux du terme - qui décide de raccrocher et de balancer ses anciens complices, Zak Overkill occupe une place de choix. De grand choix. Sorte de criminel de génie que rien ou pas grand-chose ne rebute, il s'est bâti une réputation de tueur froid, vif et surtout à l'épreuve des balles ou presque.

Mais ça, c'était avant. Et dans sa vie d'aujourd'hui, Zak trouve parfois que justement, avant, c'était tout de même vachement mieux. Plus sexy, plus glamour, plus rock'n roll. Mieux, tout simplement.

On ne lui enlèvera pas que cette existence de bureau, qui occupe ses journées, est morne autant qu'ennuyeuse. S'il n'y avait Amanda de la comptabilité, ce serait même désespérant. Mais bon, elle fait attention à lui comme à une imprimante en état de marche : supportable, mais pas intérêt à tomber en rade. Et l'on ne s'arrache pas à l'omnipotence de la criminalité sans peine. Surtout quand l'ombre d'un frère mort en pleine descente plane. Ça démange comme un furoncle de reprendre du service, chausser le masque et s'en retourner de nuit, par les rues... on verra bien ce qui s'y passe.

Et surtout, ça se passe de commentaires. Surtout quand le flic qui vous surveille, en charge de votre réinsertion n'a qu'une envie, c'est de vous tomber sur le râble. Méchamment. Et que les anciens de l'organisation sont sur vos traces. Assidûment...


On parlait d'un vent de folie, c'est plutôt d'une tornade dont il s'agit. Le scénario de cette BD est une petite perle de démence, avec des fous, des très fous et des fous de plus de deux cents ans, ce qui les place bien haut sur l'échelle. Et bien profond sous terre pour que les autorités parviennent à maintenir leurs pouvoirs inactifs. Puis, on trouve un savant fou, comme il se doit, entouré de grands réservoirs remplis d'un liquide étrange. Et des super-méchantes qui vous décollent un immeuble d'un simple battement de cils.

Avec un rythme qui ne vous laisse pas vraiment une seconde pour respirer, simplement quelques éclats de rire et en avant la musique...


Un dessin tranché au couteau et finement léché, très loin du trait aseptisé que l'on retrouve dans pas mal de comics. Rien à voir : ici, on navigue dans le torturé et légèrement difforme, à faire rugir de plaisir. Les couleurs semblent un peu délavées tout de même, et auraient peut-être mérité un peu plus de punch. Ou quelque chose d'un peu moins terne.

Qu'à cela ne tienne, l'intrigue d'Incognito est furieuse, douce - mais pas dans sa folie - et les personnages dévastent tout sur leur passage. Attachant comme un exilé en terre inconnue, Zak nous embarque dans un monde pas franchement accueillant, en plein territoire de super vilains.

Délectable.