Inondation à Paris, Frank Sinatra meurtrier : un week-end, deux bulles (7)

Clément Solym - 22.08.2010

Bande Dessinée - chronique - tete - marron


Un samedi dans la bullosphère avec deux huis clos plutôt flippants...


Tête de Marron, de Marion Mousse

Bienvenue à Vegas, l'endroit où l'on se marie par erreur et l'on se ruine par paresse. Ici, le désert et toute une ambiance noir et blanc – ils n'avaient pas la couleur à l'époque – sur fond de mafia, de pizza et d'un crooner à la voix inoubliable : Frank Sinatra.

Bienvenue à la fin des années 60, dans un restaurant improbable, au coin d'une rue perdue de Vegas. Doris et William y fêtent leurs vingt ans de mariage chez Pizza Luigi, l'endroit où ils se rencontrés. Face à eux, un bonhomme inquiet, qui scrute sa montre, véritablement anxieux. Un rendez-vous à 21 h, que manifestement il ne veut pas rater... Et le vieux Larry O, tente de vendre ses aspirateurs dernier cri.

Et voilà que l'impensable se produit : Frank Sinatra, accompagné de son agent et d'amis entre dans le restaurant. En fait, Frank vient de croiser sur le trottoir un vieil ami, de vingt ans. Lequel s'installe à table, parce que tout le monde connaît Pizza Luigi. Il parle, parle, parle... oh, un brin exaspérant. Mais mettant à jour un pan de la vie de Sinatra. Jusqu'à agacer le chanteur. Nerveux, le Franky : il s'empare d'une bouteille, la fracasse sur le crâne de l'importun. Et le tue.

Une seule question va se poser : un accident vient de se produire, mais qui va endosser à la place de Sinatra la responsabilité de ce crime ?


Inutile de tenter de le faire cuire : ce Tête de marron résiste à tout. Avec un dessin dans la veine de Tardi, mais en plus grossier, où seul Sinatra bénéficie d'un traitement plus réaliste, on plonge dans une atmosphère étrange. Un huis clos théâtral, au scénario particulièrement ficellé. Tout s'entrechoque, se brise, les esprits s'échauffent au rythme que donne l'agent de Sinatra, dans le rôle inversé de Colombo.

Sans la dimension dramatique, cette BD serait drôle et brillante – vraiment bravo. Mais elle devient plus profonde et derrière les olives de la calzone, on découvre une tragédie miniature, qui se déroule doucement. De toute manière, il faut résoudre la situation avant 22 h. Nous sommes jeudi, et comme chaque semaine un officier de police va passer. Pour une pizza. S'il y a un cadavre, sans explication, ça fera désordre. Et qui oserait priver l'Amérique et le monde de la voix de Sinatra ?

À déguster chaud. C'est bien meilleur. La Calzone froide, c'est fade.


Tête de Marron, de Marion Mousse
Publié chez Treize étrange (Glénat)
78 pages, 13,50 €
9782723473064
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Tête de Marron de Marion Mousse sur Comparonet



13m28, collectif

En 1910, la Seine connut la crue centennale. Elle atteignit 8,62 m, sur l'échelle hydrométrique du pont d'Austerlitz à Paris le 28 janvier. 20.000 immeubles furent inondés et 30.000 maisons de plus furent impactées à la périphérie. Un siècle plus tard, à Paris, un groupe d'amis se retrouvent pour fêter le retour de Victor. Mais soudain, tout tourne court : Clémence et Marc, séparés depuis quelques mois se disputent. Il vient de la trouver prête à faire une sympathique gâterie à Andrès, son nouveau mec. La dispute dégénère et voilà qu'Andrès frappe Marc. Sur le bord du toit. Au quatrième étage. Marc tombe.

Et un gros 'plouf' se fait entendre.


Depuis le quatrième étage, la situation est cocasse. Sinon démentielle. Une crue incroyable vient de ravager Paris, en l'espace de quelques minutes. Le groupe d'amis va partir à la recherche d'une nouvelle vie : réapprendre à survivre. D'autant plus que la faune arrivée avec cette crue n'est vraiment pas des plus commodes...

Suite à un concours de nouvelles lancé en ligne début 2010 par l'éditeur Manolosanctis, RaphaëlB, le parrain, proposait le départ, avec suffisamment de personnages pour engendrer un récit délirant. Le résultat s'intitule 13m28. Et avec 20 participants, cet album collectif tient une ligne directrice solide.

Dans ce genre de création, difficile de parler simplement du dessin : la trame narrative doit à elle seule être assez puissante pour tenir l'ensemble. Et dans cette polyphonie visuelle, le scénario défile parfois avec quelques accros inhérents au défi. D'un dessinateur à l'autre, il faut replonger dans un univers graphique radicalement différent et retrouver rapidement les personnages pour établir les fils conducteurs.
 
L'introduction par RaphaëlB

Entre flash-backs, apartés et continuité de l'intrigue, les dessinateurs s'en donnent à coeur joie : la plus belle qualité de ce titre est vraiment là. On sent le plaisir que tous ont pu prendre à réaliser cette BD. Le titre n'est pas toujours équilibré, question de goût pour les dessins, mais l'aventure est vraiment épique, alternant entre uchronie, science-fiction et terreur des profondeurs...


13m28, Collectif
publié par Manolosanctis
192 pages, 24 €
9782359760057
D'autres explorations de l'univers de 13m28



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