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Je viens de m'échapper du ciel, Laureline Mattiussi : Buenos Aires, en noir et blanc

Florent D. - 26.10.2016

Bande Dessinée - Je viens de m'échapper du ciel - Laureline Mattiussi - Carlos Salem Agentine


C’est l’histoire d’une rédemption, de la recherche d’une rédemption, alors que tout n’est plus que noir et blanc. Inspirée par les textes de Carlos Salem, écrivain, poète et journaliste argentin, cette BD frappe doucement, partout où ça fait mal. Cigarettes et alcools, dans la ville de Buenos Aires.

 

© Laureline Mattiussi

 


C’est un combat jusqu’au bout de la nuit, jusqu’au bout de la vie, alors que plus rien n’est tangible : Poe, obsédé par Lola, et les souvenirs qu’elle lui laisse, vit à travers un braquage improbable. Et entre-deux, des images hallucinées, façon Flaubert : « Ce fut comme une apparition. » 

 

Parce que, lorsqu’on croise la route d’un ange, on se demande toujours quand il reviendra. Cette absence devient un manque terrible, que l’on souhaite retrouver à chaque instant. 

 

Dès les premières pages, fracassantes, c’est la mort qui est défiée – pas mieux à faire quand la vie ne représente plus qu’un défi à renouveler constamment. Il y a les verres engloutis, les volutes de cigarettes, dont l’odeur transparaît presque des pages. 

 

Poe n’est qu’un truand à la petite semaine, une crapule sans vraiment d’ambition à qui Laureline Mattiussi offre une dernière chance d’exister : il joue aux allumettes ses décisions, comme un être halluciné, privé de volonté propre. 

 

C’est entre la folie quotidienne et les instants de rêves éveillés que l’on chavire avec lui. Après tout, Dieu lui-même ne fait plus attention à grand-chose – suffit de voir l’état des rues et les clochards qui la peuplent. Même l’ange l’avoue : « Le Vieux dort comme une souche. Il ne se rend compte de rien. Ou il fait semblant de ne pas se rendre compte. Il faut juste que je rentre à temps. »

 

Et Poe, qui va goûter à l’amour avec une ange, sait quelle amertume lui restera en bouche : « Emmène-moi putain ! Ici c’est pas supportable ! On fait rien qu’à tourner en rond en attendant de crever ! » La descente aux enfers se fait si vite, que la folie ambiante devient presque risible...