John Steed, Emma Peel, Tara King : les Avengers au complet

Thierry Saint Solieux - 07.09.2013

Bande Dessinée - Ian Gibson - John Steed - Emma Peel


Êtes-vous plutôt Beatles ou plutôt Rolling Stones ? Dans les années 60, l'amateur de musique est sommé de choisir son camp (je caricature à peine) : ou la pop ludique et inventive des Fab Four, ou le rock bluesy de Mick Jagger et de ses copains rebelles. Côté télé, même combat entre "Chapeau melon et bottes de cuir" et le "Prisonnier" ! Il y les fans de John Steed, précipité avec ses bondissantes compagnes dans des aventures abracadabrantes, et les inconditionnels du Numéro 6, coincé à jamais dans un village kitchissime situé au milieu de nulle part….


Les amoureux des "Avengers" (le titre original de "Chapeau melon et bottes de cuir") connaissent-ils cet épatant comic book signé Grant Morrison, Anne Caulfield et Ian Gibson que publient aujourd'hui les éditions Soleil ? Très tôt, les "Avengers" se voient déclinés sous forme de produits dérivés en raison de leur succès auprès du public : des bandes dessinées paraissent ainsi en France dans "Pif Gadget" ou "Télé-Poche". Soleil nous propose pour la première fois en français les planches réalisées en Grande-Bretagne pour Acme Press au début des années 90, en passant outre leur mise en couleur destiné à l'américain Eclipse Comics. Le titre est significatif : Steed and Mrs Peel et non The Avengers, ce qui montre bien l'aura dont bénéficie le couple vedette. Ce noir et blanc intemporel se révèle conforme au dépouillement des premières saisons TV en noir et blanc, assez fauchées !

 

 

 


Côté crayon, on trouve donc Ian Gibson, dessinateur de Judge Dredd et de Ballad of halo Jones (un titre scénarisé par Alan Moore). C'est un grand amoureux des "Avengers", ce qu'il confesse dans un merveilleux ouvrage paru jadis aux Editions du 8ème Art. Sans chercher une ressemblance parfaite avec les acteurs, il fait en sorte qu'on les reconnaisse et surtout, il respecte le style burlesque et l'atmosphère étrange, à la Lewis Caroll, de la série d'origine. Son dessin n'a pas la réserve british des protagonistes de la série télé, leur "understatement", mais il est dynamique et expressif. Gibson s'occupe de l'histoire en quatre chapitres intitulée Jeux d'or. John Steed y fait appel à Emma Peel pour retrouver sa nouvelle partenaire Tara King, mystérieusement disparue.

 


 

 

 

Pour notre plus grand plaisir, nous voyons donc réunies les "John Steed Girls" Emma Peel et Tara King, qui ne font que se croiser dans l'épisode filmé de la passation de pouvoir, The forget-me-knot. Grâce à Grant Morrison, elles se démènent de concert pendant que Steed déjoue les complots tortueux d'un club de fanatiques des jeux de société (les aficionados sont comblés par les multiples références à l'excellent épisode Games). Peut-être Arc-en-ciel mortel écrit par Anne Caulfield est-il moins convaincant ? Les jeux de mots difficilement traduisibles passent plus mal, le fantastique y est complètement débridé et les péripéties s'accumulent sans souci de cohérence. Dommage, car il enchaîne directement sur le dernier épisode avec Emma Peel, et nous fait découvrir le visage de Mister Peel et les raisons de sa longue absence... Le tout devient difficile à lire et le dessin peine à clarifier le récit, surchargé qu'il est au gré de cases remplies jusqu'à la gueule !


N'oublions pas pour autant la contribution française à l'édification du mythe Chapeau melon et bottes de cuir : dans une des excellentes histoires de Cinemastock de Gotlib et Alexis (Dargaud), on peut trouver un hommage hilarant et affectueux à nos chères idoles du petit écran !