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Karabulut et Mo/CDM : la connerie se conjugue aussi au futur simple

Nicolas Ancion - 21.03.2018

Bande Dessinée - Ersin Karabulut - Fuide Glacial, Mo/CDM, riches - anticipation


Non, le futur n’est pas nécessairement technologique, froid et totalitaire, il peut aussi être archaïque, surpeuplé et guidé par la qualité humaine la plus partagée de toutes : la bêtise. C’est sans doute le point commun entre deux bandes dessinées très différentes qui empruntent le registre de l’anticipation pour mettre en lumière les travers et les faiblesses de l’Humanité de toute éternité. On rit jaune ou on rit noir, mais on rit beaucoup, dans ces deux titres publiés chez Fluide Glacial.



 

 

Le côté obscur de la farce : Karabulut
 

Dans les Contes ordinaires d'une société résignée, le jeune dessinateur turc Ersin Karabulut emprunte les multiples registres du fantastique le plus noir pour donner à voir un monde qui ressemble tant au nôtre que c'en est effrayant. Chaque histoire courte, racontée en quelques planches à peine, prend pour point de départ un détail extraordinaire qui vient enrayer la banalité du quotidien : tantôt c'est une lettre d'amour trouvée dans un concombre acheté au marché, tantôt des démangeaisons cutanées qui forment de curieux messages sur la peau des malades. Le fil de la logique absurde est déroulé jusqu'au bout et le portrait des hommes et des femmes n'est guère reluisant. Veules, égoïstes, craintifs... ils font rarement les bons choix.
 

 

Publié depuis de nombreuses années en Turquie avec succès, malgré les problèmes réguliers avec la censure, Ersin Karabulut a trouvé dans les pages de Fluide Glacial une jolie tribune pour faire lire en français ses contes noirs et implacables. Dans la lignée des récits brefs de Philippe Foerster, en moins macabre, tout de même, les planches de Karabulut empruntent une palette graphique variée, tour à tour méticuleuse et hyperréaliste, puis beaucoup plus expressionniste, voire proche de la caricature.

 

Poches sous les yeux, chairs tombantes, yeux globuleux, les personnages de ces contes ont la gueule de l’emploi et des mines de circonstance. La colorisation sombre aux couleurs fanées souligne encore à quel point le futur proche imaginé par le dessinateur turc est tissé d’angoisses, de névroses et de bassesse.

Un régal.
 

 

Seuls les riches s'en sortiront, mais peut-être pas vivants
 

De projet en projet, Mo/CDM, le dessinateur scénariste (dont le nom rappelle plus celui d'un droïde de la Guerre des Étoiles ou d'un groupe de Hard Rock que le patronyme d'un auteur de BD sérieux) étend sa palette. Non content de narrer les explorations spatiales de Cosmik Roger, les enquêtes de Philipp Krudow ou les errements planétaires dans What The Future, voici qu'il se prend à délirer sur un futur où la planète Terre est devenue si invivable que les plus riches se sont exilés dans un pays en orbite autour du globe, réservé aux seuls nantis à leurs montagnes de pièces d'or. Une sorte de station spatiale de l'Oncle Picsou, pour le dire vite.
 

 

Ce premier tome de La planète des riches raconte, chapitre après chapitre, l’installation d’Antoine et Diane dans ce palace flottant, où les soucis du quotidien sont surtout liés à la gestion de leur fortune qui ne cesse de croître. C’est féroce, drôle à souhait et... écœurant d’un bout à l’autre, tant il faut se farcir de repas plantureux, de piscines de champagne et de galas en tenue de pingouin.

 

Mo/CDM prend un plaisir contagieux à croquer son couple de richards, sa mise en scène est généreuse et truculente : les bulles de mousseux sont presque aussi nombreuses que les bulles tout court, qui suivent à grand peine les discours hystériques des protagonistes. Sortes d’enfants rois et de bambins gâtés, les nantis éructent, hurlent, vitupèrent d’une case à l’autre. Ils donnent des ordres à tout va, croient voir la fin du monde arriver à chaque instant.

 

Le trait vif et dynamique du dessinateur rend à merveille ces gesticulations sans fin, ces poildecuteries permanentes, et les lecteurs ravis vont de surprise en surprise, au gré des lubies de ces nantis dont la richesse n’a pour égal que la connerie abyssale qui les anime.

Savoureux.
 


 


Ersin Karabulut – Contes ordinaires d’une société résignée – Editions Fluide glacial – 9782352079125 – 16,90 €

Mo-CDM – La planète des riches t.1 ; un voyage de la Terre à la thune – Editions Fluide glacial – 9782352079736 – 10,95 €




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Pour approfondir

Editeur : Fluide Glacial
Genre :
Total pages : 80
Traducteur :
ISBN : 9782352079125

Contes ordinaires d'une société résignée

de Karabulut, Ersin(Auteur)

Des fables fantastiques qui dépeignent les excès de la société turque tant du point de vue économique que politique ou technologique.

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