Killing Time : quel tueur est-il ?

Clément Solym - 06.12.2013

Bande Dessinée - Ankama - Chris Evenhuis - Polar


La collection Hostile Holster, dirigée par Ann Bonny chez Ankama, s'est spécialisée dans le polar noir foncé, où les serial killer et les meurtres crapuleux sont plus nombreux que les crimes élucidés. « Killing Time » scénarisé par Kid Toussaint et dessiné par Chris Evenhuis est en plein cœur de cible, si l'on me permet l'expression. Le personnage central, Gyorgi Owens, est un infirmier devenu tueur en série, arrêté en flagrant délit alors qu'il tire une balle dans la tête d'un baron de la mafia.

 

Une fois le verdict prononcé et la culpabilité établie, une jeune journaliste décide de lui rendre visite en prison pour qu'il raconte enfin sa version des faits. On découvre alors que le monstre présenté par les médias est bien moins monstrueux qu'il n'y paraît. Chacun de ses crimes, au début du moins, répondait à un souhait d'en finir, exprimé par la victime. S'agit-il d'euthanasie ou d'acharnement sadique ? La frontière est sans doute plus floue que la journaliste ne l'aurait imaginé de prime abord.

 

Rien de reluisant, sinon les flaques de sang

 

Le sujet est intéressant et Kid Toussaint est parti de cette idée pour construire une histoire sordide, où se mêlent règlements de compte entre mafieux, pulsions morbides et manipulations en tous genres. La police est décontenancée par cet assassin qui ne recourt jamais deux fois aux mêmes techniques, la journaliste déstabilisée par cet homme qui a aidé des hommes et des femmes à s'éteindre en paix avec eux-mêmes et leurs proches, le lecteur amusé par des scènes de transition très drôles, où l'on assiste aux dialogues vachards que s'échangent deux vieux gangsters dans un mouroir pour cancéreux. Puis les fils décousus finissent par former le canevas d'une épaisse couverture trouée, juste bonne à enrouler autour d'un cadavre pour le transporter dans un coffre de bagnole pourrie.

 

On l'a compris, l'histoire est sordide, d'un noir d'encre. Même si elle recourt à de nombreux stéréotypes (le flic malin, la jeune journaliste qui n'accepte pas la vérité officielle, les mafieux sans scrupules aux surnoms débiles...), c'est pour les détourner au final et permettre au récit de rebondir vers des zones plus sombres encore.

 

Deux cases de Killing Time

 

Scènes de meurtres et scènes de crime

 

Le dessin d'Evenhuis, très sombre lui aussi, semble ramener toutes les scènes à des décors de nuit : couleurs éteintes, ombrages composés de taches minuscules, grands à-plats noirs. Le contraste avec les scènes d'interlude, où les deux vieux mafieux devisent dans leur couloir d'hôpital, est impressionnant. Après les scènes sordides et pesantes, les deux cancéreux dessinés de face, côte à côte sur un banc, rappellent aux petits vieux du Muppet Show, dont on aurait remplacé la soupe du soir par de l'acide sulfurique.

 

Si le scénario finit par rebondir, la construction du récit, en brèves scènes enchaînées un peu maladroitement, n'est pas des plus séduisantes. Il faut s'accrocher pour dépasser une séquence d'exposition un peu laborieuse. Le montage n'est pas parfaitement réussi, mais la surenchère de morts et de justifications suffit à donner envie d'en savoir plus. On s'accroche et on se laisse peu à peu embourber dans le glauque.

 

Au final, « Killing Time » est un album noir foncé et jonché de cadavres, qui ravira les amateurs de récits macabres et de tueurs bien barrés. Comme la plupart des titres de cette macabre collection.