Kran, Viva Lastrépasse, de Eric Herenguel et Pierre Loyvet

Clément Solym - 18.12.2010

Bande Dessinée - barbare - medieval - garou


Toi qui aimes les films de gladiateurs où Ben Hur finit torse nu ; toi qui chéris les chippendales pour leur torse fièrement bombé et volumineux ; toi qui en plus (commence à cumuler les tares…) voues une admiration sans bornes à Conan, lorsque Choix Je N’ai GuèreLes deux minutes du peuple) l’incarnait… Eh ben je t’aime pas trop. Pas du tout même.

Mais tu t’en soucies comme de ta première lingette, parce que tu viens de découvrir Krän, et que cette grosse brute au QI d’huîtres anémique, abandonnée en plein Saël, te remplit de joie. Il est idiot, irrécupérable, limite pochtron et surtout armé d’une phallique hache laissant présager toutes sortes de complexes divers et variés. Mais surtout, il a le physique de son emploi, celui de bûcheron, qui a passé plus de temps à abattre des arbres qu’à lire les bouquins qui en ont découlé.

Plongé dans un monde d’heroic fantasy avec des sorcières féministes, des garous à tronche de chiwawa et de guilde d’assassins lobotomisés profond, tu vas t’épanouir comme un dentiste au milieu de Disneyland. Surtout si dans ton jeune temps, tu t’es adonné avec délice aux aventures primaires d’un Donjons et Dragons, en version jeu de rôle papier… Mais là, définitivement, t’as tous les vices.

Krän, c’est l’antithèse de la finesse d’esprit – lui, comme ses compagnons, d’ailleurs. C’est du gros lourd bien velu, qui cette fois, va faire face à un daron sur le point de clamser, à cause d’une aérophagie mortelle, option flatulences contrariée. Attention : c’est navrant, mais assumé débile, mais sans autres intentions, vulgos à l’envi, mais sans gêne. Sinon, y’aurait pas de plaisir.


Pour sauver un géniteur en détresse, il faudra affronter des épreuves sorties de l’imaginaire d’un Maître de Jeu sous ecstas à la camomille, injectées en intra-nerveuse… Le dessin n’a d’ailleurs rien de sublime, mais s’accommode très bien des bêtises que l’on attend de lui : pas moche, pas beau, juste efficace.

Krän, c’est pour les pas constipés qui ont envie de retrouver les sensations d’une équipe de joueurs bien lourds, avec des personnages entiers et massifs, tous plus atteints les uns que les autres. Inutile de préciser qu’en l’état, faut des antécédents psychologiques qui expliqueront tout, et procureront un plaisir inattendu avec un tel bouquin.

Pour le commun des mortels, c’est un bon moment, un peu lourdingue tout de même. Quant aux pains que l’on retrouve un peu partout sur les dessins, fermez les yeux, c’est encore meilleur.


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