L'aéropostale, ses aviateurs, ses femmes transies d'amour et d'effroi

Thierry Saint Solieux - 29.06.2013

Bande Dessinée - aviateur - aéropostale - voyages


« Ce que j'ai fait, je te le jure, jamais aucune bête ne l'aurait fait »… Une phrase bien connue, souvent citée... et détournée ! La première phrase que prononce Henri Guillaumet, pilote dans l'Aéropostale, quand il retrouve Antoine de Saint-Exupéry, venu le chercher dans un petit village des Andes au mois de juin 1930. 

 

 

La Chronique BD, avec 

 

 

 

 

L'écrivain immortalise un peu plus tard la déclaration de son ami et le récit de son aventure dans son livre Terre des hommes. Une aventure hors de commun : après le crash de son avion en pleine montagne, Guillaumet marche pendant cinq jours sans dormir un instant - sous peine de mourir gelé - pour rejoindre la vallée. 

 

Ce qui le fait tenir ? L'amour qu'il porte à son épouse, à laquelle il laisse un message d'adieu sur la carlingue de l'avion, pensant que sa tentative est vouée à l'échec. Son but est de se rapprocher le plus possible de la civilisation, afin que l'on retrouve son corps rapidement, et que sa femme puisse toucher une pension dans les meilleurs délais !!! 

 

Cette histoire, Christian Perrissin au scénario et Éric Buche au dessin s'en inspirent aujourd'hui pour nous proposer Le vent des cimes (Glénat), en lui adjoignant une touche de romanesque et une larme de mélo... Deux auteurs qui se connaissent depuis Hélène Cartier, un travail réalisé en commun il y a vingt ans. Deux passionnés d'aviation, qui parsèment leur histoire de détails qui font mouche auprès des amateurs. Rachel Wiezman est une très belle jeune femme qui taquine le manche dans des meetings aériens où elle réalise les plus impressionnantes acrobaties. 

 

Elle rencontre Jack Rouault, pilote de l'Aéropostale sur la ligne Buenos Aires - Santiago du Chili. Le coup de foudre est réciproque, même si Jack veut que Rachel arrête de mettre sa vie en jeu pour le simple plaisir de piloter, alors que lui risque sa peau pour une "noble" raison, qui est d'acheminer le courrier le plus rapidement possible. 

 

Le vent des cîmes

Perrissin et Buche

suBDfugue.com

La veille de leur mariage, Rachel fait un rêve dramatique alors que son fiancé vole au-dessus des Andes : elle le voit perdu dans la neige, criant pour qu'elle vienne à son secours. De fait, Jack est au pied de la montagne Maipù, au bord du Laguna Diamante après un atterrissage en catastrophe. Pour espérer redécoller, il lui faut s'alléger du courrier, et même le brûler afin de faire fondre l'eau gelée et remplir ainsi son radiateur ! Un véritable sacrilège pour cet homme investi d'une mission quasi sacrée par le responsable de la ligne aérienne. 

 

Un responsable muré dans ses principes, auquel se heurte Rachel lorsqu'elle lui reproche de ne pas tout tenter pour retrouver Jack, alors que son rêve prémonitoire, elle en est sûre, lui indique l'endroit précis du crash. Aidée par Antoine, son vieil ami et amoureux transi - un clin d'œil à Antoine de Saint-Exupéry - la jeune femme dérobe un avion et part sauver Jack, dont elle porte l'enfant à naître...

 

Sans être un fan absolu des histoires tournant autour de l'aviation, je les apprécie quand elles mettent en scène des personnages forts, portés par leur amour du pilotage et un certain idéalisme, typique de ces années où l'on met sa vie en danger au commandes d'engins pas très fiables !!!

 

 Le vent des cimes est un album à la narration efficace, abondant en péripéties très prenantes. C'est un mélodrame plein de beaux sentiments, qui nous touche et même nous émeut jusqu'aux larmes dans ses dernières pages... que je me garde bien de raconter ! Le dessin d'Éric Buche, si proche du cartoon dans sa série Franky Snow (Glénat) est souple et vivant, il apporte une petite pointe d'ironie bienvenue, et la mise en couleurs est fort agréable.

 

De surcroît, ce livre est un joli objet, à la maquette élégante. Alors, prêt à décoller ?