L'Amérique ou Le Disparu : Kafka en bulles

Xavier S. Thomann - 30.12.2013

Bande Dessinée - Kafka - Amérique - Réal Godbout


Le personnage principal de l'Amérique (éditions de La Pastèque), adapté du roman de Kafka par Réal Godbout, est un jeune immigré allemand du nom de Karl Rossman. Il arrive aux États-Unis, à New York, contraint par ses parents de quitter l'Europe après une liaison avec une femme de chambre. Les ennuis commencent pour Karl alors qu'il n'a pas encore quitté le bateau... 

 

Ce qui frappe d'entrée de jeu, c'est l'humour noir qui structure le livre. Fidèle à l'esprit de Kafka, Réal Godbout montre bien l'absurdité des situations dans lesquelles se retrouve un jeune immigré, tout juste arrivé aux États-Unis. Partout où se rend le héros, Karl Rossman, il est victime de décisions toutes plus arbitraires les unes que les autres. Quand il n'est pas dupé par des personnages sans morale, il est renvoyé pour des fautes qu'il n'a pas commises. 

 

Pourtant, Karl ne perd jamais espoir, il persévère et trouve toujours le moyen de sourire alors que tout est au plus mal. Candide des Temps modernes, il s'évertue à agir selon des principes qu'il est visiblement le seul à connaître. Ses deux compagnons d'infortune, Robinson et Delamarche ont beau l'arnaquer en permanence, il trouve néanmoins le moyen de les remercier. On se demande bien pourquoi. Karl, lui, a déployé une innocence à toute épreuve. 

 

L'Amérique apparaît alors comme une tragédie. D'un bout à l'autre de ses aventures, Karl est balloté par les évènements, les humeurs des uns et l'arbitraire des autres, sans pouvoir y faire grand-chose. Tous ses efforts sont vains. On comprend que Kafka ne partageait pas la vision idyllique de l'Amérique comme terre de tous les possibles et qui motivait nombre de femmes et d'hommes à effectuer la fameuse traversée. De l'autre côté de l'Atlantique, les choses ne sont guère meilleures, les injustices sont les mêmes qu'en Europe, la démesure en plus. 

 

Pour ce qui est du travail accompli par Réal Godbout, on ne peut qu'en faire l'éloge. Il paraît que sept années de travail auront été nécessaires. À l'arrivée, c'est un résultat largement à la hauteur de ce que l'on est en droit d'attendre. Le dessin en noir et blanc fait parfaitement l'affaire, avec une sobriété très expressive.