L'anniversaire d'Astérix et Obélix, le livre d'or

Clément Solym - 25.10.2009

Bande Dessinée - anniversaire - Asterix - Obelix


Bon : il serait facile de dire que l’héritage d’Uderzo et Goscinny, aux grandes heures de leurs Gaulois pleins d’entrain, a été ruiné par le rachat des éditions Albert René qu’a opéré Hachette voilà quelques mois. Il serait simple aussi de dire que les angoisses d’Anne Goscinny étaient fondées, quand elle affirmait que Hachette était le pire ennemi d’Astérix. Oui, mais ce serait oublier qu’elle signe la préface de ce tome pathétique, 34e opus des aventures gauloises. On peut donc soit imaginer qu'elle cautionne ce qui a été fait, soit qu'un gros chèque a acheté cette préface : dans les deux cas, le consommateur innocent et crédule va vivre ce qu’il convient de désigner comme la plus grande arnaque jamais connue.

On a vu déjà des personnages vivre une nouvelle vie sans relief, dans de mauvaises suites (Cubitus, Achille Talon, pour ne citer qu’eux). Avec ce livre, plus on tourne les pages, plus on tombe des nues. Un enfer. Un calvaire. Réclamer le pilon pour les milliers d’exemplaires qui ont pu être imprimés serait le moins que l'on puisse faire.

Tout commence avec la magie de la BD : les personnages ont vieilli - réellement - de 50 ans, et sont donc tels qu’âgés de 70 ans, ou quelque chose du genre. On pousse la misère intellectuelle jusqu’à faire apparaître Uderzo lui-même pour donner une certaine caution à l’exercice. Mais en vain. D'ailleurs, il prendra une groos baffe d'Obélix...


On va ainsi assister, page après page, à un désastre imbécile, où les allusions se multiplient, avec Astérix changé en Masupilami (hommage à Franquin, sic !), ou encore un défilé de mode, avec Obélix qui porte des vêtements évoluant à travers les siècles. Navrant. Nauséabond. Boulot de fumiste.

Mais attendez, car si vous pensiez avoir entendu le pire, il reste à venir. Vous aurez droit aux scènes inédites, genre coupées au montage, avec des réflexions graveleuses, un Astérix qui embrasse goulûment Falbala ou encore une série de tableaux de maîtres (inspirés par de grandes toiles) où les personnages de la série prennent la place des figures authentiques. L’exercice, amusant dans certaines circonstances, vire au ridicule dans ce contexte.

Pour un album anniversaire, le champagne a été remplacé par un mousseux infâme, le gâteau par des biscuits secs et rassis, la célébration relayée au niveau d’une bêtise crasse. Sous couvert d’hommage, on vient de changer le duo le plus célèbre de la BD en France en deux phénomènes de foire. Au moins, dans Elephant man, on avait la décence de ne pas nous imposer le visage difforme en permanence.

Aujourd’hui, c’est sans aucune pudeur qu’Astérix vient d’entrer dans le monde moderne. Il peut citer Coluche pour faire dans le racoleur et la démagogie, se trouver reproduit façon Arcimboldo (très bien cependant), et en même temps assurer la promotion sans vergogne de son parc d’attraction. Les stoïciens considéraient que le suicide est un acte de courage : dommage pour lui, Astérix ne peut pas mourir.

Était-ce une raison pour le bafouer à ce point ?