L'enterrement de mes ex : Gauthier déterre son adolescence

Clément Solym - 27.04.2015

Bande Dessinée - Gauthier - homosexualité - 6 pieds sous terre


Le dessin de Gauthier, tout en rondeur, assez naïf et toujours très lisible, rappelle la simplicité d'un Martin Vidberg, par exemple, qui signe depuis quelques années l'Actu en patates sur le site du Monde ou la ligne claire très spontanée de Riad Sattouf quand il croque les jeunes pour Libé. Pas question d'actualité, ici, bien au contraire, l'album, chapitre après chapitre, passe en revue quelques épisodes amoureux marquants de la vie de Charlotte.


 

Elle est née dans les années 80, a grandi dans les décennies qui ont suivi, sur fond de télé, de pop, de parcours traditionnel école, collège, lycée sauf que... très tôt, Charlotte se rend compte qu'elle est traversée par des émotions particulières. Elle est si bien avec certaines de ses amies qu'elle y lit un peu plus qu'une simple amitié.


Du même sexe, mais pas toujours du même avis


Ce livre n'est pas le premier, loin de là, à mettre en images la découverte de l'homosexualité. Sur ce sujet, on a tout de suite à l'esprit le célèbre « Fun home » d'Alison Bechdel, où l'homosexualité assumée de l'héroïne correspondait bizarrement à celle, rentrée, du père disparu. Ici, le ton est beaucoup plus léger, tout en restant souvent touchant. Gauthier a un certain talent pour rester légère et suffisamment adroite pour que ses anecdotes – dont l'écrasante majorité son des échecs sentimentaux – passent en douceur et permettent aux lecteurs comme à l'héroïne de découvrir qui est la vraie Charlotte et quels sont les obstacles auxquels elle va devoir faire face.

 

Une planche

 

 

Un long fleuve intranquille

 

Dans les premières planches, on reste un peu en retrait : on se dit que ces anecdotes sont partagées par tous, que les raconter n'apporte ni révélation aux lecteurs ni catharsis à l'auteur, mais on ne peut s'empêcher de lire la suite, car la mise en scène et le rythme sont d'une fluidité totale. Et évoquent, par moment, le dessin des aventures de Tom-Tom et Nana, ce qui ajoute encore à l'effet nostalgique de l'album. On se prend peu à peu de sympathie pour cette Charlotte boulotte et myope, mal-aimée, rejetée, qui ne se prend pas pour le centre de l'univers, mais a du mal à accepter d'être sans cesse repoussée à la marge.


Là où pour d'autres tout coule de source, Charlotte doit sans cesse nager à contre-courant. Et se battre. Comme Gauthier, la dessinatrice, n'a pas de prénom, on ne peut savoir si ce récit est entièrement autobiographique ou si la fiction y joue un certain rôle. Ce n'est pas le plus important, sans doute, car le combat de Charlotte est universel, c'est celui du vilain petit canard pour qui tout serait beaucoup plus simple si la nature n'avait fait naître si différent. 

 

L'album, cependant, se termine à l'orée de l'âge adulte : impossible de savoir si le caneton est devenu un magnifique cygne et si, après toutes ses ex, Charlotte a fini par trouver partenaire à son pied.

 

Une autre planche