L'été Diabolik : le fantôme du passé aux couleurs pop

Nicolas Ancion - 18.01.2016

Bande Dessinée - Alexandre Clérisse - Thierry Smolderen - Dargaud


Une balle de match, au tennis, peut-elle faire basculer le destin d'un père de famille ? On en vient à le croire, en dévorant les 168 pages de « L'été Diabolik », un roman graphique imaginé par Thierry Smolderen et mis en cases par Alexandre Clérisse. À la fois thriller et récit intime, cet album réussit à mener les deux de front, sans jamais perdre le lecteur, mais en l'impressionnant, d'un bout à l'autre.

 

Eté 67

 

C'est le début de l'été, dans un coin de France pareil à tant d'autres, Antoine affronte Erik sur le court de tennis, en finale d'un tournoi local. Le premier garçon, âgé de 15 ans, remporte le match et la compétition. Mais la victoire a un goût amer, quand le père du perdant entre en scène depuis les gradins, crie à l'injustice et agresse à coups de poing le père du gagnant. Des spectateurs interviennent pour mettre fin à l'altercation, mas ce n'est que partie remise. Quelques heures plus tard, à la sortie du restaurant où Antoine célèbre son succès en tête à tête avec son père, leur voiture est prise en chasse par celle du bagarreur. Une course poursuite s'engage, qui entraînera de fameuses conséquences dans la vie des deux gamins partenaires de tennis. Et dans celle de leurs pères...

 

On suivra Erik et Antoine au cours de cet été 67, qui n’est pas de tout repos. Au programme : découverte de l’amour, des trips au LSD et des pans secrets de ces vies d’adultes qui sont loin d’être aussi bourgeoises et rangées que le prétendent les apparences. C’est Antoine qui raconte tout cela, dans un roman, publié en 1987. La deuxième partie de l’album se déroule, du coup, vingt ans plus tard, lorsque la publication du roman provoque la rencontre avec une jeune fille tout droit sortie du passé. Antoine, jeune auteur, trouvera alors réponse aux questions qu’il ne s’était pas vraiment posées à l’époque. Et ce qui semblait anodin prendra soudain une dimension tout autre.

 

 

Un récit Diabolik

 

Le scénario est mené tambour battant, par Thierry Smolderen très à l’aise avec ce faux roman autobiographique teinté de récits d’aventure et de romans d’espionnage. On sent que le scénariste prend un plaisir contagieux à convoquer les figures récurrentes des BD de son enfance : une silhouette masquée, de belles voitures, de belles jeunes filles à cheveux volumineux et des hommes en complet qui mènent double vie.

 

Non content de développer une histoire d’accident de roulage qui tient la route, il joue habilement des codes pour insérer un livre dans son propre album, entraîner le lecteur d’un récit intimiste à un roman d’aventures, sans jamais le perdre, bien au contraire. Tout semble à sa place : les séquences d’apprentissage du héros, qui explore les interdits, fait le deuil de son enfance et de sa famille, aussi bien que les péripéties plus rocambolesques, courses automobiles, règlements de comptes et coups de théâtre, quand la petite histoire rejoint la grande.

 

Des images sur mesure

 

Difficile de croire qu’Alexandre Clérisse, qui a dessiné cet album, est vraiment né en 1980, tant il semble maîtriser des codes graphiques à la mode vingt ans avant sa naissance. Le dessinateur, sorti de L’École de l’Image à Angoulême il y a dix ans à peine, a pris sa place en trois albums parmi les plus doués du moment. Sa patte et sa palette semblent ici taillées sur mesure pour coller au sujet de ce scénario... diabolique.

 

 

Depuis les pages de garde jusqu’au moindre recoin de case, Clérisse convoque un style graphique à la fois très personnel, par son sens de la mise en scène et du cadrage, et hyper référentiel, dans le recyclage de modes de représentation très en vogue dans les années 60 et 70 : les papiers peints géométriques, les silhouettes esquissées d’un trait fluide, les couleurs pop et tranchée, les typos psychédéliques et tant d’autres éléments que le lecteur identifie sans peine et savoure sans fin.

 

La réussite de l’album tient précisément à l’alchimie parfaite créée entre l’histoire racontée et les images utilisées pour l’évoquer. L’album se déroule à un moment où l’imaginaire visuel s’est libéré, comme tant d’autres aspects de la vie courante à l’époque : le dessin prend plaisir à puiser dans cet héritage sans jamais sombrer dans l’hommage ou la banale citation.

 

L’été Diabolik n’est pas simplement vintage, il est totalement actuel, porté par cette puissance qui naît quand on dépasse la banale nostalgie pour puiser dans le passé un imaginaire, visuel et narratif, terriblement contemporain et, finalement, intemporel.

 

 

 

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Pour approfondir

Editeur : Dargaud
Genre : bandes dessinees...
Total pages : 160
Traducteur :
ISBN : 9782205073454

L'été diabolik

de Smolderen, Thierry ; Clerisse, Alexandre (Auteur)

Un agent secret sorti de nulle part, un accident dramatique, une fille troublante et la disparition de son père, le tout en deux jours. Pour Antoine, 15 ans, l'été 1967 sera celui de toutes les découvertes. Après Souvenirs de l'empire de l'Atome, les auteurs proposent un nouveau cocktail détonant et jouissif : un scénario particulièrement haletant, entre espionnage et littérature, passé au mixeur graphique de Clérisse qui, cette fois, mélange les références des fumetti à David Hockney.

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