L'Heure des lames : le Ghost World de 2016 ?

La rédaction - 09.03.2016

Bande Dessinée - Rob Davis - heure lames


Avec L’Heure des lames, Rob Davis inaugure un triptyque dans lequel l’auteur aborde tout en métaphores le passage de l’enfance à l’âge adulte. Un ouvrage qui tire plus que son épingle du jeu en ce début d’année 2016.

 

Par Matthieu Morvan, libraire de la librairie Cook&Book


 

 


Quand vous tapez « Rob Davis » sur la toile, vous risquez très certainement de tomber sur un guitariste anglais ou un joueur de football américain. Le Rob Davis dont il s’agit ici est certes peu versé dans les tablatures les touchdowns, mais n’en demeure pas moins talentueux. Mais si, souvenez-vous, vous l’avez découvert il y a quelques mois avec son adaptation de Don Quichotte, de Cervantès, déjà publiée aux Éditions Warum. Fort de ce succès, l’éditeur vient d’adapter une autre œuvre tout à fait atypique de l’auteur, L’Heure des lames (The Motherless oven dans sa version originale publié chez Self Made Hero). Décryptage.
 
À Bear Park, il ne fait pas bon sortir lors d’une pluie de lames. Généralement, c’est douloureux. Et quand un cyclown est en approche, c’est votre esprit qui risque de partir en vrille.


À Bear Park, les parents sont créés par les enfants et sont donc constitués de pièces détachées assemblées ici et là, de la petite cuiller à la tête à coiffer en passant par des structures géométriques aux formes les plus étranges.

 

À Bear Park, Scarper Lee est un adolescent asocial soucieux de veiller sur ses parents. Et comme ses congénères, il connaît d’ores et déjà le jour de sa mort. Celle-ci viendra frapper à sa porte dans trois semaines comme si de rien n’était. Un ordre établi que Vera Pike compte bien venir chambouler...
 
Disons-le tout de go : L’Heure des lames est une œuvre singulière et très certainement le titre le plus original de ce début d’année. Désarçonnés, vous le serez dès les premières pages tant cet univers où salière et moulin à poivre font office d’idoles religieuses peut paraître abstrait de prime abord. Abandonner en cours de route serait malvenu tant cette métaphore du passage de l’enfance à l’âge adulte s’avère être d’une intelligence rare.

 

Rob Davis cite volontiers Georges Orwell comme source d’inspiration et ce n’est pas peu dire lorsqu’il s’agit pour l’auteur d’évoquer le vase clos éducatif auquel appartiennent les trois protagonistes de notre histoire.

 

Roman graphique quelque peu « avant-gardiste », L’Heure des lames se veut également une ode à l’anticonformisme symbolisé par le combat de Vera et Castro pour extirper Scarper de son train-train quotidien tout en interrogeant intelligemment notre rapport à l’ordre établi. L’ouvrage est donc des plus aboutis et rappellera sans conteste Ghost World de Daniel Clowes, ouvrage majeur de la scène indépendante américaine.

 

À lire, même sous une pluie de lames !

 

 

Feuilletez des milliers de bandes dessinées gratuitement sur Sequencity