L'intégrale des belles histoires de l'oncle Tom Carbone

Clément Solym - 04.12.2012

Bande Dessinée - Tom - Carbone - Intégrale


J'avoue avoir un faible depuis très longtemps pour Tom Carbone. D'abord parce qu'à l'époque où j'étais à la fois adolescent et abonné au journal de Spirou, cette série sortait vraiment du lot, tant par son univers un peu vieillot que par son humour absurde totalement délirant. Ensuite parce que la liberté totale de ses deux auteurs, Laurent Letzer et Luc Cromheecke, a, me semble-t-il, servi de précurseur à des génies du scénario allumé que sont Patar et Aubier, à qui l'on doit les courts-métrages frapadingues de « Panique au village ».

 

Mais ils ne sont pas les seuls à se revendiquer de Tom Carbone : Lewis Trondheim lui-même avoue devoir beaucoup à ces histoires d'animaux pas comme les autres dans la préface qu'il signe pour le premier tome de cette intégrale. Sans doute n'aurait-il pas pu signer les scénarios en roue libre de « Papa raconte » ou même les premières aventures de Lapinot, entièrement portées par les souffles d'une narration qui se perd dans ses propres inventions sans pour autant égarer le lecteur, si Tom Carbone n'avait tracé la voie.

 

Pour le résumer en une formule, Tom Carbone c'est l'Oncle Paul qui, au lieu de raconter des histoires édifiantes, aurait lu Calvin et Hobbes et se sentirait investi de la lourde mission de mentir encore plus outrageusement que le père de Calvin.

 

Dans chaque courte histoire, publiée à l'origine dans les pages de Spirou, le très bavard Tom Carbone se tire des situations les plus banales (une dispute avec son éternel voisin, une après-midi avec ses neveux, un petit-déjeuner à partager) en saoulant ses contradicteurs avec des histoires abracadabrantesques peuplées d'animaux mal intentionnés, de chevaliers perdus et d'objets rebelles. Du pur n'importe quoi au goût de déconne.

 

Une planche de Tom Carbone

 

Les histoires en roue libre ne tiendraient sans doute pas debout si elles n'étaient illustrées par ce dessin à la ligne claire excitée, qui utilise tous les codes de la BD la plus classique en forçant les expressions ahuries des protagonistes aux bouches grandes ouvertes et aux yeux hébétés. Les expressions sont exacerbées au possible (annonçant en cela le rythme endiablé et le dessin rapide de Pic Pic et André) tout en restant d'une lisibilité irréprochable.

 

Les couleurs en à-plats, les gros nez et les corps composés de formes géométriques simples respectent à première vue tous les codes de la BD franco-belge d'humour : ce sont pourtant ses stéréotypes que Tom Carbone vient ébranler avec ses histoires sans queue ni tête. Jouissif.

 

Dans ce premier tome (on en annonce deux au total, on trouve deux albums parus autrefois chez Dupuis et deux albums complets inédits jusqu'ici ("Tanenbaum" et "Luna Toys"), dessinés de façon un peu plus brouillonne et colorisée rapidement, semble-t-il. L'histoire n'y perd rien de son humour ni l'univers de sa fantaisie déjantée.