La démagogie sécuritaire frappe même chez les Schtroumpfs

Clément Solym - 31.03.2012

Bande Dessinée - Schtroumpfs - critique société - Saison brune


Est-ce qu'en chroniquant le dernier album des Schtroumpfs, Les Schtroumpfs de l'ordre (Le Lombard), j'alimente la grande querelle des anciens et des modernes ? Les jeunes lecteurs qui découvrent les petits lutins bleus quand Peyo est à la barre parlent encore aujourd'hui avec des trémolos dans la voix.

 

La Chronique BD, avec 

 

Du Schtroumpfissime, des Schtroumpfs noirs ou des Schtroumpfs et le Cracoucass (soit dit en passant, le Cracoucass est une idée de Franquin !) en célébrant la fantaisie et les gags irrésistibles de scénarios en or !


Ont-ils raison de dénigrer les albums plus récents, réalisés par des membres de la famille Peyo et différents dessinateurs ?


Les Schtroumpfs t.30 ; Les Schtroumpfs de l'ordre

Les Schtroumpfs et tous leurs albums

sur BDfugue.com

Eh bien non !!! Cet univers en apparence immuable évolue très intelligemment et permet toujours une lecture à différents niveaux, du plus enfantin au plus adulte. Certes, ce n'est pas nouveau : dans le Cosmoschtroumpf - un de mes albums préférés - on voit une communauté entière décider de réaliser le rêve d'un de ses membres, au prix d'efforts physiques et d'investissements en matériel assez faramineux ! Une belle utopie...


Et le Schtroumpfissime ? Superbe dénonciation du culte de la personnalité et du totalitarisme : un album légendaire pour les fans de la série. Une constante : dès que les Schtroumpfs abandonnent leur mode d'organisation sociale situé quelque part entre autogestion et paternalisme, et copient celui des humains, tout va de travers !!!


Dans les Schtroumpfs de l'ordre, des querelles de voisinage troublent la sérénité du village. Lassé d'être interrompu sans cesse dans ses travaux pour jouer les arbitres, le Grand Schtroumpf fait remonter les doléances et décide de créer un code de bonne conduite.


Hélas, les règles sont détournées dès qu'elles sont appliquées : il faut donc une force de maintien de l'ordre, et c'est le Schtroumpf à Lunettes qui s'y colle, avec l'appui du Schtroumpf Costaud. Mais qui dit pouvoir dit abus de pouvoir : par excès de zèle et sentiment de toute-puissance, le règlement est appliqué sans discernement.


Et qui dit pouvoir dit corruption : il est facile d'acheter le silence du policier à coup de noisettes ! Bref, la colère gronde et un mystérieux hooligan passe à l'action en sabotant les attractions de la foire d'été pour défier l'ordre établi. Si certains numéros des Schtroumpfs se contentent d'être de purs divertissements, celui-ci est dans la lignée des titres à vocation sociale. Il nous incite à une réflexion politique dans la tradition d'humour bon enfant qui a fait le succès des Schtroumpfs, avec le plaisir de retrouver encore et toujours des personnages emblématiques : Schtroumpf Farceur, Grognon, Paresseux...


saison brune

Saison Brune de Philippe Squarzoni

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A chacun son préféré ! Le mien ? Le Schtroumpf Coquet, avec sa fleur au chapeau et son air d'être perpétuellement à côté de la plaque ! Par contre, je serais la Schtroumpfette, je m'inquiéterais du fait que le Bébé Schtroumpf n'arrive toujours pas à grandir !!! 


Mais jetez un coup d'œil à celui-ci... 

Saison brune de Philippe Squarzoni (Delcourt) est un "pavé" documentaire de 500 pages consacré au changement climatique. Rigoureusement factuel, il pourrait être redondant par rapport aux articles de presse et reportages télévisés que nous avons tous vu. 


Extrêmement bavard, il pourrait être ennuyeux à mourir.


Erreur !


C'est totalement prenant, l'intérêt est relancé par des trouvailles graphiques qui font mouche, et l'auteur se met en scène dans son quotidien avec émotion et ironie. Un grand livre politique, car selon Squarzoni, c'est le libéralisme débridé qui est à l'origine de la crise écologique et sociale qui nous frappe.


Et il nous le prouve...