La lecture des ruines : David B. s'en va-t-en Grande guerre

Clément Solym - 13.07.2011

Bande Dessinée - grande - guerre - lecture


Oh que oui, on citerait à raison Prévert, « quelle connerie, la guerre ». Mais fallait-il être fou pour rivaliser à ce point d'imagination, et créer des machines destinées à tuer, sans cesse, et plus ingénieusement que jamais ? Si vous ignoriez le style graphique de David B., ancien de l'Association, attention : non seulement il sait fiche de la poésie autant que du désespoir dans ses histoires, autant son dessin a quelque chose de faussement chaleureux, et passablement déconcertant.

Allons-y donc, et tiens-y son fusil, et prends-y sa baïonnette, et mitraille-moi tout ça cousin, faut qu'ça tombe, en face, comme des mouches. Qu'une tranchée nous sépare, et tout est surpeuplé : en face, y'diz pareil, alors vas-y d'bon coeur. Massacre, massacre, massacre…

Et pour ce faire, l'armée française possède un ingénieur semi-fou, qui crée des machines invraisemblables. Pensez donc : le golem patate, qui fournit tout à la fois de quoi manger, et une arme puissante pour écraser, littéralement, les troupes d'en face. Oh, sûrement pas aussi futé que la ronce barbelés, un croisement contre nature, qui ne manquera pas de s'attacher mortellement aux soldats d'en face… L'important, c'est qu'y cèdent, pasqu'on voudrait bien rentrer, nouz'ot !

Jan van Meer, enquêteur hollandais, assez neutre, est chargé de mettre la main sur l'ingénieur Hellequin. Mais pas tout à fait : en 1917, où les affrontements durent depuis déjà trois longues années, il est moins nécessaire de remettre la main sur l'inventeur, que de faire diversion auprès des forces d'en face, les Boches. Faire croire qu'il est à la recherche, mais surtout pas retrouver. Ca non, pas retrouver.

Alors quel hasard que l'ingénieur, en plein Londres, lui mette la main dessus en premier. Et quels risques court alors Van Meer, lui qui a le tort de s'intéresser surtout à la guerre, pour ce qu'elle draine de mythologie auprès des soldats. Suffit de rêver d'un autobus, pour se savoir condamné. Ben ouais, ma gueule : dans autobus, y'a obus. Et dans les tranchées, un obus, c'est pas porteur ça t'annonce pas la quille.

Entre apparitions insolites et disparitions sournoises, l'ingénieur raconte qu'il est à la recherche de l'alphabet de la guerre, de son langage propre. Comprendre ses mots, les traces qu'elle laisse dans les ruines, c'est saisir son essence, et pénétrer au plus profond son être… Foutu barjot ! Et pendant ce temps, des truands, un père jaloux et sa fille délicieuse, traquent l'ingénieur, pour le rapatrier en Allemagne.


Quelle connerie, la guerre, c'est certain. Et quelle ingéniosité, ces maudits humains y mettent…

Quel malin plaisir, à détruire, n'est-ce pas, David ?

T'as beau la teinter de folklore, réécrire 14-18 à ta sauce, elle reste aussi pourrie qu'un cadavre oublié sur le champ de bataille, après quelques assauts, enseveli, avalé dans la terre meuble et meurtrie.

 

C'est moche, hein, David, la guerre ?

Même quand t'en parle avec tes histoires. Parce qu'y'a pas d'doutes. Toi aussi, comme Prévert, t'as envie de leur crier à tous : Quelle connerie, la guerre !

Et dix ans plus tard, y'a des réédition qui ressemble à des rencontres...