La musique adoucit la BD

Clément Solym - 12.08.2011

Bande Dessinée - musique - bd - adoucie


C'est bien connu, les écrivains rédigent leurs textes en écoutant de la musique, et les dessinateurs de BD aussi : il ne s'agit pas là d'une source d'inspiration directe mais plutôt d'un moyen pour se placer dans un bain d'émotions, d'ouvrir ses sens... Et de calmer l'angoisse que peut générer un travail Ô combien solitaire !

Mais les liens entre BD et musique vont plus loin... Bien sûr, il y a "Le Rossignol Milanais", j'ai nommé Bianca Castafiore !!! Fantasque et tonitruante, elle est l'incarnation de la diva dans les aventures de "Tintin" (Casterman), mais reconnaissons qu'elle est cantonné par Hergé dans le registre de l'anecdote et du pittoresque, Georges Rémi étant un maigre connaisseur en matière musicale.

C'est d'ailleurs Edgar-Pierre Jacobs, créateur de "Blake et Mortimer" et ancien professionel du chant (il se produisit sur la scène de l'Opéra de Lille) qui se chargea de corriger les notes de musique fantaisistes de l'air des bijoux de "Faust" ! Et c'est tout pour la musique classique, car les auteurs de BD sont plutôt amateurs de rock : question de générations !

De Zep, ayant choisi ce nom d'artiste en hommage à Led Zeppelin et racontant ses souvenirs de concerts dans "Happy rock" chez Delcourt jusqu'à Margerin, membre avec quelques copains dessinateurs du groupe "Denis Twist", les exemples abondent...


On peut d'ailleurs observer une similitude dans le regard porté pendant longtemps sur ces deux arts "mineurs" soupçonnés de pervertir la jeunesse, ou dans une certaine institutionalisation qui règne désormais de nos jours, avec les flots de dollars que génèrent tant les papys du rock,que les blockbusters de la BD...

Barney et la note Bleue sur BD Fugue
Un autre rock fan, Jacques Loustal, se trouve pourtant plus à l'aise graphiquement dans l'univers du jazz, comme il le prouve dans "Barney et la note bleue" (Casterman) : biographie romancée du saxophoniste Barney Willen, l'album contribua à remettre en lumière ce grand musicien tombé dans l'oubli, vaincu comme tant de ses collègues par la drogue et et le manque d'amour !

Sans phylactères mais rythmé par une voix off, illustré de dessins figés comme autant d'arrêts sur image, le récit bénéficie de l'impressionante maîtrise de Loustal dans le domaine de la mise en couleurs... Pour rester dans le jazz, "Bourbon Street" (Bamboo) nous conte l'histoire de musiciens s'ennuyant ferme dans leur retraite et qui se verraient bien faire un come-back à la façon du "Buena Vista Social Club", mais il faudrait pour cela retrouver leur génial trompettiste, et comme l'on comprend que la fin du groupe a été brutale et chaotique, cela s'annonce compliqué...

Mojo sur BD Fugue
Je mettrai enfin en tête de ma play-list "Le rêve de Meteor Slim" (Sarbacane) et "Mojo" (Vents d'Ouest"), deux albums contant l'histoire de bluesmen laissant tout derrière eux pour tenter leur chance : cotoyant des personnages réels, dont l'incontournable Robert Johnson, ils connaitront la misère, le succès (parfois la gloire !) et la déchéance... Imbibés d'alcool, collectionnant les filles, mais fidèles serviteurs du blues accros à leur guitare (jusqu'à se faire enterrer avec elle !), ces deux albums nous rappellent que le blues fut jadis la musique de l'espoir des laissés-pour-compte...