"La petite patrie", bien défendue par le coup de crayon de Julie Rocheleau

Justine Souque - 12.11.2015

Bande Dessinée - petite patrie - Julie Rocheleau - BD littérature jeunesse


L’illustratrice Julie Rocheleau publie son cinquième album de bande dessinée, La petite patrie, aux éditions La Pastèque. Si elle n’écrit pas ses histoires, la mise en images qu’elle propose pour chaque récit valorise judicieusement la narration. Petit coup d’œil sur son art pour l’illustration du scénario de Normand Grégoire, adapté du roman autobiographique éponyme de Claude Jasmin sorti en 1972. 

 

 

 

Julie Rocheleau est à la fois dessinatrice et coloriste, deux talents qu’elle juge indissociables : « Pour mes contrats dans la bande dessinée, je n’ai jamais délégué l’étape des couleurs. Pour moi, la couleur est narrative. Son choix et son traitement font partie de l’histoire. Un mauvais choix de couleurs peut gâcher toute l’illustration et, de ce fait, le livre », nous confie-t-elle. Le soin particulier qu’elle accorde à sa palette s’exprime dans La petite patrie, où l’alternance des deux couleurs dominantes (bleu, orange et leurs nuances) rythme l’histoire.

 

Quant aux aplats de noir, que l’on retrouve dans la série La colère de Fantômas, (éditions Dargaud, 2013-2015, qui a reçu, entre autres, le Prix de bande dessinée du festival Interpol’Art de Reims pour le tome 1), et dans deux romans illustrés de la collection Porc-épic (Tommy l’enfant-loup, Deuxième étage de l’océan, éditions Le Quartanier), ils semblent être la signature de l’artiste. « Travailler le noir me permet de jouer avec les effets d’ombre et de lumière, en utilisant l’encre diluée par exemple », nous précise-t-elle.

 

Nous reconnaissons également dans La petite patrie la texture que l’illustratrice recherche pour ses dessins, technique qui leur donne tout leur caractère : « J’aime travailler la matière. Les traits de crayon se voient et donnent du relief. » Julie Rocheleau partage avec nous sa méthode de travail, proche du dessin traditionnel, qui lui permet de travailler dans cette direction et de lui donner un certain recul sur ces planches : « Avec les écrans d’ordinateur, je trouve qu’on est immergé dans son travail et qu’on a tendance à rendre le dessin trop lisse, à vouloir retoucher chaque détail. » 

Si Julie Rocheleau nous a habitués à un trait nerveux et des silhouettes anguleuses dans La fille invisible (éditions Glénat Québec, 2010), et la série des Fantômas, La petite patrie donne à voir des visages plus arrondis et plus souriants. L’illustratrice sait donc adapter son art à l’intrigue et à la tonalité du texte. « Pour La fille invisible, je traitais du problème de l’anorexie, et, pour Fantômas, j’étais dans un univers violent et sombre. Avec La petite patrie, je suis dans une atmosphère plus sereine, et qui me parle plus. »

 

 Sereine, mais pas pour autant naïve : La petite patrie raconte la vie du quartier de Montréal du même nom (où vit d’ailleurs Julie Rocheleau) pendant la Seconde Guerre mondiale à travers le regard d’enfants qui jouent à faire la guerre, parfois sans pitié, comme les grands. L’illustratrice a parfaitement rendu l’ambiance de cette période historique (le poids de la religion dans la société, l’annonce du conflit…) et a su la transposer dans le cadre intimiste de l’histoire de Claude, jeune garçon intrépide et sensible. « Le deuxième auteur de la bande dessinée, c’est l’illustrateur », conclut-elle.

 

Après un parcours dans le dessin d’animation — d’où elle semble avoir gardé le dynamisme du mouvement, comme vous le pourrez l’apprécier lors des passages de courses dans les ruelles —, Julie Rocheleau s’affirme en tant qu’artiste complète qui aime prendre des risques et ajouter sa touche personnelle dans les ouvrages qu’elle illustre : « Il faut travailler dans une relation de confiance avec le scénariste. Je dois pouvoir garder ma liberté de création et proposer de nouvelles solutions graphiques. Dans ces conditions, la collaboration peut devenir fructueuse. »

 

 

 

La petite patrie, en librairie au Québec depuis le 5 novembre, sera disponible en France et en Belgique pendant la période de la Foire du livre de Bruxelles (18-22 février 2016). 

 

Scénario de Normand Grégoire

Illustration de Julie Rocheleau

Éditions La Pastèque - 26, 95 $ CA