Le Dahlia noir : une adaptation BD réussie

Xavier S. Thomann - 28.11.2013

Bande Dessinée - James Ellroy - Dahlia Noir - Los Angeles


Le Dahlia noir, peut-être le roman le plus connu de James Ellroy, en tout cas l'un des meilleurs, a désormais son adaptation en bande dessinée. Celle-ci n'a pas été réalisée par n'importe qui : Matz et David Fincher pour le scénario et Miles Hyman pour le dessin. Et bien sûr, l'intrigue et les dialogues d'Ellroy. Ce beau monde a réalisé du très bon travail. On retrouve l'ambiance si particulière des romans d'Ellroy, réinterprétée, en quelque sorte, par les trois hommes, qui apportent leur propre vision du roman. 

 

Revenons quand même rapidement sur l'intrigue. Deux flics, Dwight « Bucky » Bleichart et Leland « Lee » Blanchard se retrouvent au coeur de l'enquête qui va bouleverser leurs carrières et leurs existences : l'affaire du Dahlia Noir. Nous sommes en janvier 1947, à Los Angeles, quand Elizabeth Short est retrouvée sauvagement assassinée dans un terrain vague. S'en suivra un long et pénible chemin pour mettre au jour la vérité. 

 

Dans leur vie quotidienne, les deux hommes sont accompagnés de la belle Kay, d'abord la compagne de Lee, puis l'épouse de Bucky. Petit à petit le destin de ce triangle amoureux va se trouver intimement lié à celui de la mystérieuse Elizabeth Short. Bref, c'est autant l'histoire d'un crime que celle de deux hommes et d'une femme à la recherche de leur place dans l'Amérique de l'après-guerre. 

 

Bien sûr, tous les ingrédients d'un bon polar sont réunis. De la violence, du sexe et beaucoup de flics et de voyous, avec comme arrière-plan la Cité des Anges de la fin des années 1940. Pourtant, et c'est là l'une des grandes qualités de cette bande dessinée, les auteurs ont réussi à conserver la complexité du très dense roman d'Ellroy et n'ont pas cédé aux clichés qui leur tendaient les bras. 

 

Le dessin est magnifique, juste ce qu'il faut pour recréer l'ambiance de l'époque sans tomber dans la caricature. Les dialogues, empruntés à 90 % à Ellroy, n'ont évidemment rien perdu de leur force. Et la construction de l'ensemble est efficace. L'enquête est au premier plan sans étouffer les autres éléments de l'intrigue, à savoir le contexte historique, l'exploration des milieux interlopes, l'exploration des thèmes de l'amour et du désir, etc. 

 

Tout comme le roman éponyme, la bande dessinée du Dahlia noir demeure une peinture sans concession d'une certaine Amérique. 

 

Du coup, on verrait bien Matz et Miles Hyman poursuivre leur collaboration pour l'adaptation des autres volumes qui composent la tétralogie du Quator de Los Angeles : Le Grand nulle part, L.A. Confidential et White Jazz. Sinon, on peut relire Nuit de fureur, qui l'avait déjà réuni avec Matz pour adapter le livre de Jim Thompson. 

 

À noter qu'il existe deux « versions » différentes de l'ouvrage. Une édition « classique » (20 euros) et une édition « de luxe » avec quelques pages en plus et une couverture plus élégante (30 euros).