Le dernier Atlas, cinq auteurs pour un premier tome haletant

Nicolas Ancion - 15.05.2019

Bande Dessinée - Fabien Vehlmann, Gwen de Bonneval - Editions Dupuis - uchronie, anticipation


BANDES DESSINEES - D'année en année, la lecture, notamment la lecture de fiction, semble perdre du terrain face aux séries télé, toujours plus populaires. Il est clair que les heures consacrées à avaler les épisodes et les saisons, ne sont plus disponibles pour se plonger dans un roman, une BD ou un manga. Loin de s'avouer vaincus, Fabien Vehlmann et Gwen de Bonneval attaquent le mal par la racine. Avec Le dernier Atlas, ils empruntent les codes du feuilleton pour happer les lecteurs et ne plus les lâcher. Et semblent appliquer à la fabrication de leur BD les exigences pratiquées les meilleures séries télé : un scénario diaboliquement ficelé, des personnages auxquels on s'attache instantanément, une direction artistique soigneusement réfléchie et une réalisation irréprochable.




Mais reprenons au début : « Le dernier Atlas » est avant tout l'histoire d'un sale type, Ismaël Tayeb, qui va devoir quitter sa routine de malfrat de moyenne envergure (la collecte des fonds générés par des machines à sous dans les bars nantais) pour accomplir une mission d'un autre calibre : mettre la main sur le combustible nucléaire qui alimentait les anciens robots de construction, les Atlas, depuis longtemps envoyés à la casse par la France. La route de Tayeb quittera rapidement l'Hexagone pour rejoindre l'Inde ou le Georges Sand, dernier Atlas non démonté, croupit dans une décharge.

Mais à l'autre bout du monde, tout se complique forcément à un moment ou un autre. Au même moment, une journaliste assiste en Algérie, sur le site où les robots géants ont jadis causé une catastrophe nucléaire, à un rassemblement d'oiseaux jamais observé à la surface de la Terre. Quelque chose de terrible semble se préparer, une catastrophe est imminente...


Préparez-vous à tourner les pages


Faut-il vraiment préciser que « Le dernier Atlas » est une uchronie, un récit qui imagine un passé différent pour la France et l'Algérie, qui invente des robots géants mis au service de la reconstruction des bâtiments après la guerre, un monde où les équipages de ces robots sont aussi célèbres que les astronautes des missions Apollo ?

Ce n'est pas nécessaire, encore moins indispensable. Sachez juste que Gwen de Bonneval (scénariste notamment de l'excellente adaptation en BD des racontars de Jorn Riel chez Sarbacane) et Fabien Velhman (dont le talent de feuilletoniste n'a pas échappé au très nombreux lecteurs de Seuls, sa série au succès colossal) n'ont pas ménagé leurs efforts.

Leurs imaginaires combinés font des merveilles : inventions technologiques surprenantes, récit ancré dans des contextes sociaux durs, place importante accordée à l'impact de l'industrie sur l'environnement... on retrouve des thèmes qui sont chers aux deux auteurs. Et surtout, on sent qu'ils se sont amusés à soigner le rythme et les péripéties de leur récit, jouant chaque manche avec un coup d'avance pour assurer les retournements, les surprises et le maintien en haleine de planche en planche.



Un travail graphique magistral


La réalisation visuelle de ces 200 planches a été confiée à un duo qui fait merveille. Fred Blanchart, par ailleurs directeur de collection chez Delcourt, a conçu la cohérence graphique de l'univers : la mécanique des Atlas, l'apparence des oiseaux et de leurs mutations, les phénomènes atmosphériques... et c'est Hervé Tanquerelle qui, au dessin, donne vie à tout cela. Et quelle vie !

Tanquerelle a déjà largement démontré son talent pour réinterpréter la ligne claire (notamment dans La vierge froide ou le délicieux Groenland Vertigo) : il s'aventure ici un pas plus loin dans la BD réaliste, campant des personnages à le fois typés, lisibles, identifiables au premier coup d'oeil, et étonnamment nuancés. Il excelle en particulier dans la représentation des imbéciles et des bras cassés, plus comiques que les autres. Mais ses crapules et ses caïds n'en sont pas moins redoutables, au contraire. Et son travail sur les contrastes et les ombres est magistral.

Signalons enfin que ce projet devait être imprimé en noir et blanc et que c'est Laurence Croix qui a pris en charge la mise en couleur très réussie de ces planches généreusement encrées.

Dans ce premier tome publié par les éditions Dupuis, tout est déjà en place pour faire de ce dernier Atlas un classique instantané. Captivant, haletant, intriguant, l'album s'avale d'un trait, comme un café serré format XXXL. Si l'histoire répondra au fil des pages à quelques unes des questions que les lecteurs se posent, elle passe sous silence la plus cruciale de toute : quand donc sortiront le deuxième et le troisième tomes de cette petite merveille ?
Fabien Vehlmann, Gwen de Bonneval, Hervé Tanquerelle et Fred Blanchard -  Le dernier Atlas - Dupuis - 9782800171166 -  24,95 €


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Pour approfondir

Editeur : Dupuis
Genre :
Total pages : 232
Traducteur :
ISBN : 9782800171166

Le dernier atlas T.1

de Vehlmann, Fabien ; Bonneval, Gwen De ; Blanchard, Frederic ; Tanquerelle, Herve(Auteur)

Ismaël Tayeb est lieutenant dans un gang criminel. Son grand patron lui donne un ordre qu'il ne peut refuser : trouver une pile nucléaire... Pour cela il va devoir remettre en marche et voler le dernier Atlas, un de ces immenses robots français qui géraient des constructions titanesques jusqu'au milieu des années 70, mais qui, suite à un grave incident à Batna durant la guerre d'Algérie, ont tous été démantelés... à l'exception du George Sand.

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