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Le lendemain du monde : quand les hommes ont pété les plombs

Nicolas Ancion - 08.07.2017

Bande Dessinée - soldat passé guerre - recherches centre expérimental - mort civilisation apocalypse


Les intelligences artificielles sont un formidable sujet de fiction : si les applications concrètes sont déjà visibles dans le monde contemporain, que ce soit pour discuter avec un site internet ou pour déterminer les comportements d'un personnage dans un jeu vidéo, les conséquences des développements futurs sont assez floues et ouvertes pour laisser le champ libre à l'imagination des auteurs de séries, de romans et de... bandes dessinées.




 

Dans « Le lendemain du monde » Xavier Coste et Olivier Cotte imaginent un cataclysme planétaire causé par une contamination virale des intelligences artificielles. Une situation terrible à laquelle l’humanité doit apporter une réponse rapide. Mais face à la vitesse de calcul des machines, le combat n’est pas gagné d’avance... et la seule réponse est violente.

 

Alors que la plupart des projets qui traitent d’intelligence artificielle relèvent de près ou de loin de la science-fiction et présentent l’univers dans un état futur et technologiquement avancé, Olivier Cotte démarre son histoire dans un monde qui a dû renoncer à l’électricité, pour endiguer la contamination virale des machines. L’humanité est désormais réduite à des technologies moins évoluées : la vapeur pour les déplacements, des planeurs pour le vol, des machines à écrire et des bouliers pour traiter les dossiers, puis les muscles et le cerveau pour gérer presque tout le reste...

 

 

Ancien soldat qui retourne vers son passé
 

L’histoire démarre quand James Graham Keran est appelé à reprendre du service. Ancien militaire retourné à la vie civile, il est la recrue idéale pour mener à bien une mission en solitaire au cœur de l’Afrique, dans la zone la plus contaminée par le virus, qui frappe aveuglément tous les appareillages électroniques, en particulier les implants dont les soldats sont désormais équipés. Seul un combattant à l’ancienne peut s’introduire au cœur du vortex sans perdre la raison. S’il y parvient, bien entendu.

 

Le retour de Keran sur le théâtre des opérations ne peut pas bien se passer : d’abord parce qu’il a quitté les rangs de la grande muette suite à un épisode traumatique qui ne peut que remonter à la surface, ensuite parce que son ancienne compagne était impliquée jusqu’au cou dans le développement des intelligences artificielles qui ont causé la déroute des technologies. 

 

La lente remontée vers le continent originel de l’humanité s’apparente par conséquent à une catharsis violente, à un retour vers le passé que Keran avait choisi d’abandonner pour aller de l’avant. Entre les hordes d’autochtones qui parlent en équations et en théorèmes, les militaires embusqués et les hommes d’affaires que les conflits n’empêchent pas d’engraisser, la route promet d’être semée d’embûches et d’embuscades.

 

Cases déstructurées et décors augmentés
 

Pour mettre en images cet épisode post-apocalyptique, Xavier Coste s’offre une incroyable liberté de mise en scène, qui contribue beaucoup à l’ambiance et au rythme du récit. Le découpage des 150 planches (bravo Casterman aussi, pour la liberté éditoriale) est tantôt traditionnel (de jolies cases rectangulaires cernées d’un trait noir), tantôt accéléré (les cases se catapultent, les angles ne sont plus droits), tantôt flouté (les cases se font pleine page, les bordures disparaissent, le dessin sort des petits territoires où on voulait le cantonner).

Cette sauvagerie surprenante correspond parfaitement au récit d’exploration quasi mystique qu’entreprend Keran, le héros. Il se perd, il panique, il fuit et perd tout repère : la mise en scène suit son état d’esprit et la manière de dessiner colle au plus près aux doutes, aux errances et aux fulgurances de son état d’esprit.
 


 

La mise en couleur donne d’ailleurs le meilleur d’elle-même dans les illustrations en pleine page, souvent en couleur directe, où les bleus sous-marins par moment, les jaunes de l’incendie ailleurs, semblent s’imposer directement à l’inconscient du lecteur, comme les intelligences artificielles se faufilent dans l’esprit des personnages de cet album étonnant.

 

Au final, on pourra interpréter assez librement la réussite ou l’échec de la mission de Keran, mais on restera frappé, marqué, par l’épaisseur de cet univers et la virtuosité tant du scénariste que du dessinateur pour le faire vivre au lecteur à travers une palette visuelle qui ne se refuse aucune liberté. Bravo.




Le lendemain du monde – Olivier Cotte ; Xavier CosteCasterman - 9782203094383 – 22,5 €


Pour approfondir

Editeur : Casterman
Genre :
Total pages : 152
Traducteur :
ISBN : 9782203094383

Le lendemain du monde

de Cotte, Olivier ; Coste, Xavier(Auteur)

Un récit d'anticipation post-apocalyptique. La civilisation se meurt. Suite à l'expansion d'intelligences artificielles, tous les appareils électriques, jusqu'aux derniers implants cybernétiques, ont été infectés. La civilisation est retournée à l'âge de la vapeur.Qui est responsable de cette apocalypse ? Les recherches convergent vers un centre expérimental situé quelque part au fin fond de l'Afrique.L'armée décide d'envoyer un vétéran de la vieille école.

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