Le magicien Franquin avait encore frappé, Bravo les Brothers !

Clément Solym - 14.04.2012

Bande Dessinée - aventures - Spirou et Fantasio - Calamity James


Bravo les Brothers (Dupuis) fait partie de ces histoires courtes où le magicien André Franquin se fait plaisir : il y bouscule les règles bien établies d'un univers dont il a hérité, celui des aventures de Spirou et Fantasio. 

 

Et il y malmène ses personnages, avec l'aide de ses fidèles complices Jidehem, Roba et Greg. Dans La peur au bout du fil et Les petits formats, ce sont respectivement Le comte de Champignac et Fantasio qui se trouvent métamorphosés en fous dangereux ! 


La Chronique BD, avec 




 

Vacances sans histoires est l'occasion pour son auteur - authentique fondu de bagnoles - de mettre en scène un véritable massacre automobile dans l'esprit burlesque du cinéma muet, et de faire apparaître la Turbotraction  2 !!! Cependant, Bravo les Brothers occupe une place à part et tout à fait essentielle dans le parcours créateur du génial belge... 

 

Au début des années 1960, Franquin veut continuer à faire vivre Zorglub après le dyptique Z comme Zorglub et L'ombre du Z. Son éditeur Charles Dupuis n'étant pas d'accord, il abandonne le scénario qui incluait ce personnage, improvise QRM sur Bretzelburg dans la douleur et même la dépression, laquelle interrompt son travail pendant plus d'un an.


bravo les brothers t.1

Bravo les brothers,

de Franquin et Jidéhem

Chez BDfugue.com

Pour autant, il continue de dessiner Gaston : clairement, Spirou et ses codes à respecter - jusqu'au vêtement de groom - est devenu un fardeau et Gaston un pur bonheur. 

 

Comme le fait remarquer très joliment sa fille Isabelle, les deux derniers Spirou et Fantasio que dessine Franquin sont l'équivalent des Bijoux de la Castafiore pour Hergé : l'aventure y est au coin de la rue. On ne s'éloigne guère du château dans Panade à Champignac et on se trouve carrément à la maison dans Bravo les Brothers. À la maison, c'est à dire dans les bureaux de la rédaction du journal de Spirou !!! 

 

Bureaux inspirés des véritables locaux abritant les Éditions Dupuis à Bruxelles, mais sans volonté de réalisme : on y croise effectivement un secrétaire de rédaction (Fantasio) mais on ne sait pas ce qu'il y fait exactement, un dessinateur (Lebrac) mais on ne voit jamais ce qu'il dessine, et quelques dactylos (Suzanne ou Sonia) pas vraiment surchargées de travail... Qui plus est, les classeurs, lampes et autres éléments de décor changent régulièrement ! Détruits par les expériences de Gaston ? 

 

Car Gaston est bien là, au point que pour de nombreux lecteurs, Bravo les Brothers est un Gaston déguisé... Mais peu actif - et même franchement calme - il n'est que l'élément déclencheur du récit, en trouvant dans un cirque en faillite trois singes savants qui lui paraissent être le cadeau d'anniversaire idéal (?) pour Fantasio. 

 

Ces trois singes, les fameux "Brothers" sont bien les personnages principaux et permettent à Franquin, prodigieux dessinateur animalier, de déclencher un feu d'artifice graphique renversant de drôlerie et d'expressivité. Mais il y a aussi Noé : le dresseur misanthrope est une figure ambiguë, peu sympathique dans un premier temps, mais un cœur d'or avec les animaux, comme Franquin dans la réalité !

 


Martha Jane Cannary, Tome 3

par Blanchin et Perissin,

BDfugue.com

Vingt ans plus tard, le très talentueux scénariste Yann le fait revivre dans plusieurs albums du Marsupilami. Surtout,  Bravo les Brothers est une histoire d'un rythme exceptionnel, où pratiquement chaque case contient un gag d'anthologie. Alors, dans cette édition aux couleurs restaurées, avec le fac-similé des planches originales et des commentaires éclairants, comment s'en passer ?

 

Et jetez un coup d'œil à celui-ci...

 

Martha Jane Cannary de Christian Perrissin et Matthieu Blandin (Futuropolis) trouve sa conclusion dans ce troisième volume : les dernières années d'une existence étonnante, ponctuée de rencontres avec des légendes du Far West.


Un personnage "bigger than life", une femme qui mena une vie d'homme à une époque - et dans un milieu - où la condition féminine était plus que précaire. Et l'épisode bouleversant des retrouvailles de Calamity Jane avec sa fille... 

 

 Le dessin s'accorde magnifiquement avec le propos !