Le retour d'Anna et Froga, en vadrouille entre les cases

Clément Solym - 22.05.2012

Bande Dessinée - AnnaetFroga - Anouk - Ricard


À la maison, il y a un auteur de BD qui enterre tous les autres, qui fait l'unanimité auprès des petits comme des grands : c'est Anouk Ricard. Son univers complètement allumé combiné à son dessin enfantin dérident les vieux comme les plus jeunes.

 

J'ai déjà parlé dans cette chronique de certains de ses albums tous publics comme le formidable « Coucous Bouzon », je me fais donc un plaisir aujourd'hui de revenir sur sa série pour enfants « Anna et Froga » qui fait un tabac dès le plus jeune âge.

 

Oubliez les clichés sur la BD jeunesse, les histoires neuneus de cour de récré et les intrigues dont on devine la fin avant même d'avoir parcouru l'intro : Anouk Ricard a inventé des personnages aussi improbables qu'une petite fille sans parents dont les meilleurs amis sont une grenouille équipée de bottes en caoutchouc, un ver de terre tout-nu et un chat pas très malin qui ne porte qu'un t-shirt bleu clair.

 

Ils sont flanqués de l'insupportable Bubu, gosse de riche trop gâté dont l'équipement haut de gamme ne masque en rien les multiples défauts, dont en tout premier lieu un ego nul autre pareil. 


La couverture

Le secret d'Anouk Ricard, c'est de laisser libre cours à son imaginaire enfantin sans prendre les gamins pour des imbéciles. Qu'elle raconte un voyage en ballon, un séjour dans une secte amaigrissante, un pique-nique dans l'herbe ou un voyage en train, on peut garantir que l'histoire n'aboutira jamais là où on imaginait qu'elle allait s'achever. La mauvaise foi de ses personnages, l'imbécillité de l'un et la naïveté des autres, les délires de l'auteur aussi, entraînent le récit dans des détours imprévus. À partir de situations aussi banales que la découverte d'un portable ou l'oubli d'une valise sur un quai, le récit prend la tangente et nous emmène en terre inconnue, en plein délire hilarant.

 

Ajoutez à cela une lisibilité totale et une vivacité d'esprit déconcertante, assurée à la fois par un dessin d'une naïveté désarmante, colorié en grands aplats de couleurs tranchées, et par des dialogues redoutables où les personnages s'affrontent sans répit pour avoir le dessus.

 

C'est déjà le cinquième tome des aventures d'Anna et Froga et celui-ci s'appelle « En vadrouille » car les héros finiront par se retrouver perdus à la dérive dans une montgolfière sans pilote. C'est une belle métaphore de ce projet éditorial, libre, échevelé, qui part là où il le souhaite, entraînant avec lui des lecteurs comblés.

 

page intérieure

 

 

Entre chaque histoire courte, l'auteure insère une double page en rupture graphique avec les planches qui précèdent, mais qui prolonge l'épisode raconté. Un mécanisme tout simple, qui offre dès le plus jeune âge un sain recul par rapport au médium utilisé. Anna et Froga reviennent, dessinés autrement, observés sous un autre angle. Les lecteurs prennent alors conscience de la convention mise en place dans les pages de cases et de bulles. Sans le moindre discours pontifiant, les aventures d'Anna et Froga initient les plus jeunes à la matière même de la bande dessinée : les bulles, le dessin, les cases et leur caractère arbitraire.

 

interpages

 

Si vous n'avez pas encore découvert l'univers d'Anouk Ricard, il est plus que temps de vous y mettre. Et si vous la connaissez déjà, vous aurez constaté, tout comme moi, que cet album est aussi fou que les précédents. Pourvu que ça dure !

 

Retrouver Anna et Froga dans notre librairie

avec Decitre