Le tsar est mort ? Pas encore, mais la Russie gronde, ça ne tardera pas

Thierry Saint Solieux - 13.09.2014

Bande Dessinée - mort tsar - politique Russie - révolte paysans


Après La mort de Staline (Dargaud), Fabien Nury le scénariste et Thierry Robin le dessinateur nous proposent à nouveau le portrait d'un homme de pouvoir dans Mort au Tsar (Dargaud). Mais l'époque et le contexte changent ! Après la description minutieuse des derniers jours de Joseph Staline en 1953, et du combat féroce qui oppose ses successeurs potentiels, place aujourd'hui à la chronique d'une mort annoncée ; celle de Sergueï Alexandrovitch, gouverneur de Moscou…

 

La Chronique BD, avec 

Nous sommes le 17 septembre 1904, lorsque débute cette histoire, et dans cette période troublée où la colère du peuple s'exprime avec toujours plus de véhémence, il suffit de peu pour qu'un drame éclate. Se présentant à une foule hostile depuis les balcons de son palais, Sergueï Alexandrovitch est bombardé de fruits pourris. 

 

Croyant à un signal de sa part lorsqu'il lâche son mouchoir blanc, les militaires qui le protègent font feu, tuant et blessant des innocents désarmés. Le Tsar Nicolas II félicite par télégramme celui qui est son oncle, le Grand-Duc Serge, pour sa fermeté face à ces « scélérats ». Mais c'est maintenant un mort en sursis, désigné comme une cible prioritaire par les révolutionnaires. Toute la ville parle de lui comme s'il était déjà mort. Son épouse lui envoie son notaire pour régler la succession. On lui écrit pour le plaindre ou l'insulter, et les attentats commencent.

 

L'Okhrana — la police secrète du Tsar — organise la riposte en infiltrant les groupes d'opposants et en réglant la vie de l'homme traqué qu'est désormais Sergueï Alexandrovitch : horaires fluctuants, parcours aléatoires et méfiance envers tout paquet suspect. Comment réagit donc le principal intéressé ? 

 

 

 

D'abord révolté par le destin qui l'attend, il prend à témoin sa famille ou ses domestiques pour se plaindre de ce qu'il estime être une injustice. Puis il se résigne et décide de ne rien changer à ses occupations, officielles ou privées : demandes de faveurs diverses, rénovation d'une cathédrale, fête d'anniversaire de sa fille, escapades sexuelles... Mieux, il fanfaronne, semblant prendre les choses avec désinvolture et décide ne plus mentir à sa fille Ziza, qui en vérité n'est pas sa fille, mais qu'il aime sincèrement.

 

Finalement, le gouverneur découvre l'identité de celui qui se cache derrière toutes ces tentatives d'assassinat : Boris Aznikov. Enfin, il peut enfin mettre un nom et un visage sur la menace. Mais à quoi bon, puisqu'il est trop tard ?

 

Aucun suspense à attendre dans cette histoire dont on connaît la fin inéluctable, bien que plusieurs fois différée. Ce qui compte, c'est le chemin qui nous y amène, et l'évolution psychologique des personnages. Sergueï Alexandrovitch apparaît dépassé par des évènements qu'il provoque sans les souhaiter et semble profondément malheureux. Faisant partie des privilégiés, il vit dans le confort matériel, mais dans un dénuement affectif presque total (les rares moments de sincérité et de tendresse lui étant procurés l'étant par sa fille).

 

Mort au Tsar est un livre grave et profond, superbement illustré par Thierry Robin, qui sait varier les cadrages et les angles de vue pour donner une intensité maximale à chaque scène. Dans des paysages figés par la neige et le froid, l'opposition entre un peuple toujours plus en colère et un homme toujours plus calme est frappante !!! On attend avec impatience le second volume, narré du point de vue de Boris Aznikov...

 

 

Mort au tsar, publié chez Dargaud

de Fabien Nury et Thierry Robin

13,99 €