Les petites gens, leurs petites vies, de tristesse et de tendresse

Clément Solym - 08.10.2012

Bande Dessinée - immeuble - magie - petites gens


Ils sont six à se partager quelques instants de vie, où tous se croisent, sans jamais vraiment se rencontrer. Paul, Monsieur Armand, Lucie, Louis et son papa, et Irina cohabitent, dans la même rue. Monsieur Armand propose des livres, depuis son rez-de-chaussée, où Paul vient chercher des lectures. Louis et son papa vivent dans un étrange silence, depuis la mort de la maman. Quant à Lucie, elle travaille encore, malgré son vieil âge, toujours au black. Et elle est sans le sou. Et Irina... elle irradie les journées de Monsieur Armand, qui tarde à se déclarer...

 

Chacun existe, à côté des autres, sans que les vies ne s'en mêlent vraiment. On se voit, on se salue, discrètement, mais l'on se garde bien de partager ses souffrances, ses peurs, ses joies ou ses humeurs avec les autres. De peur de déranger, ou d'être dérangé...

 

Ce sont des vies de petites gens, c'est certain, sans grand relief... on oublierait presque qu'ils sont vivants et qu'ils ont leur lot de colère, sinon celles qu'ils contiennent. 

 

Zabus nous entraîne dans un film comme Agnès Jaoui a pu en réaliser, avec Le goût des autres, ou peut-être même Un air de famille, de Cédric Klapish. Des gens de rien, qui pourtant, à leur mesure, sont des héros du quotidien. Un employé des chemins de fer, dédié aux objets trouvés, qui prend des calmants pour oublier son insupportable collègue, toujours souriant. 

 

Ou Louis et son papa, qui ne vont jamais au cimetière, pour se recueillir sur la tombe de la maman, disparue, sans trop savoir comment... C'est la tristesse de Luciez, qui se fait licencier de son travail de femme de ménage, dont l'employeuse, plutôt que d'opter pour un chèque emploi service, préfère licencier la vieille dame, redoutant qu'elle ne se blesse, durant ses heures non déclarées... Lucie, qui a l'impression de n'exister pour personne. Et que le monde persiste à ignorer.

 

 

{CARROUSEL}

 

 

Armand, lui, est un homme gai, mais qui court après une femme, sans jamais oser l'aborder. Irina est une ancienne danseuse, une femme encore très belle, qui l'impressionne. 

 

Tous ont en effet des vies si infirmes, qu'on les traverserait sans s'en rendre compte. Et tous, avec leurs épaules trop frêles pour porter ce monde qui les écrase, deviennent d'admirables personnages, dans un récit poignant. Un peu d'humour, saupoudré, mais qui ne résoudra rien, tant que l'on ne s'ouvre pas aux autres. Il faut parler, savoir écouter, pas simplement d'une oreille distraite. 

 

Et dans le dessin de Tomas Campis, il y a ces visages déformés, ces corps étranges, d'une douce étrangeté, des traits pas forcément jolis, mais qui convienent bien à la vie de petites gens, loin du strass, des paillettes, des gens appliqués à vivre discrètement, sans déranger personne. 

 

On entendrait parfois presque la chanson de Brassens, 

 

Pauvre Martin, pauvre misère,

Creuse la terre, creuse le temps!

 

Il creusa lui-même sa tombe

En faisant vite, en se cachant,

En faisant vite, en se cachant,

Et s'y étendit sans rien dire

Pour ne pas déranger les gens...

 

Pauvre Martin, pauvre misère,

Dors sous la terre, dors sous le temps!

 

Mais même dans les histoires tristes, les fins heureuses existent. Et la magie opère, dans le scénario de Zabus. Le reste est un grand mystère, celui de la vie, peut-être.

 

Celui des humains qui enfin se rencontrent, et se parlent. Une histoire magnifique, au dessin original et doux, dans ses traits torturés, et qui se sublime, quand la magie se met à opérer...




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