Les voyages en train ne finissent pas mal, en général

Florent D. - 09.09.2019

Bande Dessinée - voyage train - Allemagne Argentine - migrants histoire violence


ROMAN GRAPHIQUE – Ces petits commentaires, rares sont ceux qui y prêtent attention. Logiquement, elles commencent par un voyage en train — un noir et blanc intérieur, discret comme ces remarques apposées au bas d’une page. Nacha Vollenweider part à la recherche d’une Argentine, durant la dictature des années 70, pour aboutir dans l’Allemagne contemporaine. 


 

Traverser Hambourg en train ne confine pas au plus intense romantisme, mais le chaloupé d’un wagon devient aisément propice à l’introspection. Passées quatre planches d’un immense silence, nous voici dans le récit de cette famille où Nacha nous invite. Un grand-père, du tango, et au gré des rails, les réminiscences, les comparaisons, aboutissant à cette conclusion : « D’une certaine manière, je vis dans deux mondes en même temps. »

D’une ville d’adoption, incarnant le déracinement, c’est un voyage paisible — en apparence : on ne quitte jamais son pays sans profondes raisons ni l’exercice d’une forme de violence. Ici, c’est la dictature en Argentine, qui aura contribué à un retour vers l’Europe, de réfugiés politiques, familles terrorisées. Pour les parents, c’est l’arrachement, pour les enfants, une bipolarité complexe. Jongler entre un passé disparu, dont seuls quelques lointains souvenirs évoquent encore la douceur, et une vie à construire, sans les repères ni les marques des habitants déjà installés.

Finalement, nous sommes tous les migrants d’un territoire, d’une histoire et d’un peuple. Certaines migrations impliquent simplement plus de souffrance et de contrastes. 

Le style de Nacha Vollenweider perturbe les codes : une apparente tranquillité, presque apaisée, aux cases sobres, calmes. Mais chacune apporte une profondeur historique, personnelle, sociale, et bien d’autres, qui touchent à l’essai, mêlant autobiographie, témoignage et tendresse. Le chapitrage lui-même joue avec les codes d’un récit traditionnel, car ces notes de bas de page, qui complètent une lecture, deviennent ici les motifs même du récit. 

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Ces digressions familiales se retrouvent ainsi liées à une mémoire qui ne rejaillit pas à la lumière d’un fait, mais d’une semi-rêverie, où l’on dérive, par association d’idées. Au milieu, coule une autre histoire, celle d’un couple de femmes. La véritable histoire, mais celle qui découle avant tout d’un passé perdu – les notes de bas de pages intercalées complètent l’image que cette narratrice donne d’elle – les souffrances des ancêtres qui frappent les descendants…

Une splendide recherche d’identité, doublée d’un hymne au temps suspendu lors de trajets ferroviaires : ici le noir et blanc travaille avec splendeur à des portraits, des paysages, et même un mouvement. Quelques nuances de gris, de sombre ou de clairs plutôt, qui donnent l’homogénéité au récit, montrant comment passé et présent coexistent au sein d’une même personne. 

Dans le flux de souvenirs, à fleur d’esprit, la quiétude saisit autant que l’intensité et la sensibilité au sort d’autrui. Peu étonnant que Nachi — l’alter ego de Nacha — et sa compagne se sentent proches des migrants actuels. Et cherchent à leur venir en aide. 

Splendide, émouvant. Et profondément généreux.


Nacha Vollenweider, Thomas Dassance (Traducteur), Ivan Kuntz Ampuero (concepteur) – Notes de bas de page – iLatina – 9782491042011 – 20 €


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