Love in vain, pépite graphique autour de Robert Leroy Johnson

Librairie Cook & Book - 27.10.2014

Bande Dessinée - jazz musique - communautés - bluesmans


Avec Love in vain,biographie de Jean-Michel Dupont et Mezzo consacrée à la légende du blues Robert Leroy Johnson, les deux auteurs ont tout simplement réalisé un des albums de l'année et certainement LA biographie de 2014.

Par Matthieu Morvan

 

Chronique BD par Cook&Book

Les thèmes généralement abordés en bande dessinée sont bien évidemment multiples. Reportages quasi journalistiques, biographies, réalité augmentée, les sujets traités sont toujours plus diversifiés. La musique y a aussi sa place. La collection BD Jazz, les livres d'Hervé Bourhis (le petit livre du rock, le petit livre des Beatles), les biographies consacrés à certains grands noms du siècle dernier (Johnny Cash, Jimmy Hendrickx, Jim Morisson) et surtout les ouvrages de Frantz Duchazeau (Lomax, Blackface Banjo et le génial Meteor slim) font partie des meilleurs titres publiés à ce jour.

 

Sans oublier Le chant de la machine consacré à la House music. 

 

Love in vain trouve bien évidemment sa place dans cette sélection. Mieux, il la transcende et le mot est faible ! Explications.

 

Ce n'est pas la première fois qu'une bande dessinée est consacrée à Robert Leroy Johnson. Le japonais Akira Kiramoto avait pris le taureau par les cornes en réalisant Me and the devil blues publié en 4 volumes par les éditions Kana. Contrairement à l'auteur nippon, les auteurs n'ont pas versé dans le romantisme en s'attachant à restituer fidèlement le parcours de ce musicien hors pair. 

 

Né en 1911 dans le Mississippi, son géniteur ne s'attarde pas auprès de sa mère qui, de père de substitution en aventures sans lendemain, ne peut arriver à contribuer à son éducation. La rue y contribuera. Le maître Son House contribuera à faire éclore son talent. D'autres collaborations prestigieuses se succéderont, mais c'est surtout sa rencontre avec le diable, un soir d'épuisement et d'égarement, qui l'aidera à construire sa légende. Pour le meilleur et pour le pire...

 

À l'instar des Hendrix et autres Janis Joplin, Robert Johnson fait partie de ces poètes maudits, partis dès 27 ans, et qui laisseront pourtant dans leur sillage une emprunte indélébile. Sans nous assommer de références à tors et à travers, le duo Dupont / Mezzo parvient à retracer avec brio le parcours de ce musicien d'exception auxquelles les Rolling Stones, Eric Clapton ou les White Stripes sauront rendre hommage. 

 

 

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On ne le dira d'ailleurs jamais assez, mais outre l'authenticité des faits évoqués, l'album tire une force exceptionnelle de l'atmosphère dans laquelle les auteurs nous plongent, celle de l'Amérique ségrégationniste des années 30 avec ses lieux publics aux entrées bien distinctes pour blancs et noirs, ses clubs où les communautés ne se côtoient pas, etc..

 

Johnson fait alors figure de suppôt Satan au sein d'une population afro-américaine encore largement versée dans le puritanisme et une lecture stricte des saintes Écritures. Ajoutons à cela une kyrielle de portraits de bluesmans tous plus vrais que nature et l'on obtient une pépite tant graphique que scénaristique.

 

Et quelle bonne idée d'avoir opté pour un format à l'italienne!

 

Une réussite sur toute la ligne.

 

Love in vain de Jean-Michel Dupont et Mezzo, éditions Glénat, 73 pages.