LSD pour langoustes hallucinatoires et autres orgasmotron...

Clément Solym - 19.11.2011

Bande Dessinée - Langouste - hallucinations - délire


 Seul maître à bord après Dieu (s'il existe !) de cette chronique, j'en bouleverse le principe et je vous parle d'une BD qui n'est pas d'aujourd'hui, mais d'avant-hier... ou d'après-demain !!! Privilège de l'âge : je me souviens - salut Georges Perec - de Kiri le clown et de la Maison de Toutou...


Avec BDfugue

 




Je me souviens de Satanas et Diabolo, et des Fous du volant... Je me souviens des Shadoks, et de Jean Yanne présentant le courrier - plus qu'hostile - des téléspectateurs de cette série d'animation que j'adorais, même si je ne comprenais pas tout (j'étais quand même un peu jeune !!!) Jean Yanne, je m'en souviens bien : ses sketches radiophoniques, ses films... mais ses bandes dessinées ?!?


Casterman nous permet de retrouver La langouste ne passera pas, premier des quatre albums imaginés par Jean Yanne au scénario et Tito Topin au dessin - seuls deux verront le jour - et c'est tout une époque qui renait sous nos yeux !


la langouste ne passera pas !!

   La langouste ne passer pas !!

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N'ayant peur de rien - sauf que le ciel me tombe sur la tête - j'ose vous résumer l'histoire : l'ordinateur électronico-sensoriel et ultra-perfectionné Tar 100 apprend aux humains que la langouste contient de la vitamine L qui est une vitamine de paix, et leur conseille donc d'en manger pour que la paix règne sur le monde !!! Ce qu'ils s'empressent de faire... et ça marche ! 


Mais pas longtemps, car les langoustes disparaissent : Astra Khan, secrétaire général de l'O.N.U. et les membres du B.I.D.E. (Bureau d'Investigation pour la Défense des Espèces) avec à leur tête le prince Vrougnard des Alfiges du Tarpoin-Bossuet (ouf !) mènent l'enquête pour éclaircir ce mystère...


Après force péripéties, ils découvrent l'existence de langoustes extra-terrestres venues sur notre planète sauver leurs consœurs, et très déçues de constater que celles-ci sont idiotes, car elles ont peur de la mayonnaise et sont juste bonnes à être bouffées !!! Jean Yanne, ce sale gosse provocateur empile les jeux de mots volontairement foireux, les allusions à l'actualité font penser à un Astérix sous L.S.D. et les évènements s'enchaînent jusqu'à l'imbroglio total !


Grâce aux nouvelles machines offset permettant d'utiliser huit couleurs, les planches de Tito Topin explosent littéralement avec leurs cases surchargées et flashy : Topin venant de la pub et de la mode immortalise un « air du temps » esthétique qui nous parait aujourd'hui d'une folle audace !!!


Casterman, éditeur de Tintin et de l'annuaire téléphonique belge osant publier un projet pareil, voilà qui est bien symptomatique de cette période où le carcan gaulliste étouffe de plus en plus difficilement les aspirations à la liberté...


Sexties

                               Sexties,

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Pourtant, le premier coup de boutoir annonçant la BD adulte des années soixante-dix est un peu antérieur et porte le nom de Barbarella : imaginé par le très protéiforme Jean-Claude Forest et publié par Éric Losfeld, l'album fait scandale, car il met en scène un personnage de femme libérée anticipant sur la révolution sexuelle à venir !


Dans un décor de science-fiction fait de jungles touffues ou de cités délirantes, Barbarella parcourt l'univers, rencontre des humanoïdes aussi peu farouches qu'elle, et expérimente un "orgasmotron" !


Un Flash Gordon au féminin où les costumes et les véhicules sont au-delà du kitsch !!!


Hélas, la belle Barbarella attend le bon vouloir d'un éditeur pour charmer les lecteurs de 2011... Cependant, elle figure en bonne place dans l'album Sexties (Bge), catalogue de l'exposition homonyme, qui retrace le parcours artistique de quatre enfants du rock et du pop art – JC Forest donc, Paul Cuvelier, Guido Crepax et Guy Peellaert.


Une Bande dessinée inscrite dans une époque, et pourtant intemporelle !