Luz : (re)naissance d’un dessinateur humaniste

Fnac - 13.04.2016

Bande Dessinée - dessinateur humaniste - renaissance dessins - Luz Charlie Hebdo


Il y a un an, Luz publiait Catharsis, un album très personnel dans lequel il revenait sur la douloureuse période qui suivait les attentats de Charlie Hebdo. Il mettait en scène dans un album douloureux l’impossible retour à la vie, le besoin impérieux de dessiner, le retour aux sensations… Dans Ô vous, frères humains, le dessinateur se met un peu de côté et effectue un travail de distanciation salvateur. Il adapte et met en images un texte d’Albert Cohen, moins connu que Belle du Seigneur, mais tout aussi puissant : Ô vous, frères humains, paru aux éditions Gallimard. C'est le coup de cœur de Mélanie, libraire sur Fnac.com. 

 

vous freres humains luz futuropolis

 

 

S’attaquant à ce récit très fort sur l’antisémitisme, Luz affronte quelques démons et nous livre un album tout en puissance sur la perte de l’innocence. Le texte autobiographique de Cohen est paru en 1972 , l’année de naissance de Luz. La rencontre première se fait lorsque le dessinateur a seize ans. La première lecture est un choc : « Le cœur serré, j’avais refermé le livre sur la certitude adolescente que la terre entière l’avait lu et compris avant moi. ».

 

Le lien est scellé en janvier 2015, après la tragédie, lorsque le sentiment de perte et de désespoir est si fort qu’il en est assourdissant, lorsque Luz relit le texte d’Albert Cohen sous une lumière nouvelle : « Le cœur serré, j’ai refermé le livre sur le triste constat que, décidément non, la terre entière n’avait toujours pas été traversée par cette œuvre majeure. »

 

L’adaptation de Luz est aussi fidèle que personnelle. Le dessinateur reprend la scène du traumatisme premier; celle où le jeune Albert, rentrant de l’école, est insulté par un camelot vantant les mérites d’un détachant universel : « Toi, tu es un sale youpin, hein? » La phrase pleine de haine résonnera toute sa vie dans la tête d’Albert : « Un enfant juif rencontre la haine le jour de ses dix ans. J’ai été cet enfant. »

 

À la scène du camelot, s’ajoutent les trois derniers chapitres du récit de Cohen, sur les camps de concentration. Le trait noir de Luz capture avec intensité la douleur de l’enfant, intemporelle. Le lien est scellé, oui; l’esprit du lecteur voyage de l’antisémitisme crasse de 1905 aux attentats de 2015-2016.  

 

Le mot de la fin revient à Albert Cohen : « Ô vous, frères humains, vous qui pour si peu de temps remuez, immobiles bientôt et à jamais compassés et muets en vos raides décès, ayez pitié de vos frères en la mort, et sans plus prétendre les aimer du dérisoire amour du prochain, amour sans sérieux, amour de paroles, amour dont nous avons longuement goûté au cours des siècles et nous savons ce qu’il vaut, bornez-vous, sérieux enfin, à ne plus haïr vos frères en la mort. Ainsi dit un homme du haut de sa mort prochaine. »