Manolis : quand les Grecs devaient fuir la Turquie

Clément Solym - 21.06.2013

Bande Dessinée - Grèce - Turquie - Déportation


Si la Grèce et la Turquie font toutes deux la une des médias ces dernières semaines, la première depuis que sa télévision publique a été fermée sans préavis et la deuxième pour ses manifestations massives réprimées par un premier ministre toujours plus autoritaire, les deux pays partagent un passé commun complexe, dont la division de Chypre est aujourd'hui l'un des éléments les plus visibles. Et dont une bande dessinée, publiée par les éditions Cambourakis, donne à lire quelques unes de pages les plus sombres.

 

De la Turquie à la France en passant par la Grèce

 

« Manolis » dessiné par Antonin à partir d'un roman d'Allain Glykos (publié en aux éditions Quiquandquoi en 2005) retrace le parcours d'un gamin né au sein d'une famille grecque en Turquie, dans le village de Vourla, et qui, au lendemain de la Première Guerre mondiale, voit sa vie bousculée sans préavis. Les troupes de Mustapha Kemal prennent le dessus sur l'armée grecque et chassent du territoire de la Turquie naissante tous les ressortissants hellènes.

 

Manolis est alors jeté sur les routes. Déportation, camps de réfugiés, séparation de ses parents et de ses frères et sœurs, misère aux côtés de sa grand-mère puis adoption par une famille riche : le petit gamin au départ insouciant va vivre de l'intérieur toute l'horreur de l'Histoire avec sa grande hache. Dans son parcours, les renoncements personnels feront écho à la défaite du pays.

 

Manolis finira par retrouver une partie de sa famille puis par quitter seul la Grèce pour travailler en France, comme ouvrier agricole, dans les vignes. Lui, qui avait grandi heureux avec ses amis turcs et rêvait d'un destin héroïque digne d'Ulysse, devra accepter que les copains de jeux soient devenus des ennemis, que sa terre natale ne puisse plus l'accueillir et qu'il doive travailler de ses mains s'il veut vivre dans un pays, la France, dont il ne domine pas la langue.

 

Pages intéreieures

 

De la biographie romancée à la BD

 

Ce qui fait la force de ce récit poignant, c'est la personnalité du petit Manolis, porté par un cœur grand comme un continent. Alors que son destin devrait l'accabler et l'abattre, il trouve encore la force de soutenir ceux qui se trouvent auprès de lui. Il a pour lui l'énergie inépuisable de l'enfance et la volonté de ceux qui ont déjà tout perdu.

 

Dans cette version dessinée, Antonin a choisi pour son héros des traits très simples : une grande tête perchée sur un petit corps, des sourcils droits et une tignasse noire. Alors que les autres protagonistes sont croqués d'un trait assez réaliste, accablés par les événements, Manolis reste toujours fidèle à lui-même : fort et déterminé.

 

Ce qui peut sembler le plus étrange dans ces planches, c'est de voir la Grèce et la Turquie si sombres, malgré le soleil permanent et la mer qui n'est jamais loin. Le dessin en noir et blanc cache en effet la luminosité des décors et souligne la noirceur des événements. Heureusement que la couverture du livre est là pour rappeler l'azur du cil grec !

 

Au final, ce roman graphique se lit comme un récit d'aventures et témoigne d'un drame historique qui a durement frappé le peuple grec. À l'heure où la population du pays est à nouveau maltraitée par des décisions politiques qui la dépassent, on ne peut que recommander la lecture de cet album touchant et terrible à la fois.

 

Image intérieure