Métro, philo et crocs, Aspirine ou le spleen du vampire

Fasseur Barbara - 25.06.2018

Bande Dessinée - Joann Sfar Aspirine - Aspirine Rue de Sèvre - BD Vampire Joann Sfar


Les temps sont durs pour les auteurs et pour les vampires, enfin surtout pour Aspirine. Mais elle, ça fait trois cents ans que ça dure. Bloquée en pleine crise d’adolescence, la rage est la seule chose qui semble s’échapper de son coeur vide. Après être apparu en clin d’oeil dans les albums de Grand Vampire et l’Homme Arbre de Joann Sfar, Aspirine a enfin sa propre aventure aux éditions Rue de Sèvres.

 


Elle a un nom de médicament et pourtant, c’est elle que l’on doit soigner. Aspirine, c’est un vampire, mais attention, pas un nouveau Edward Cullen au féminin. Elle ne brille pas au soleil et surtout ça ne lui plait pas d’avoir 17 ans depuis 300 ans. Elle est plus grunge que glam et si Josacine, sa soeur, est une croqueuse d’hommes, Aspirine est beaucoup plus littérale dans l’exécution.

Campée dans ses rangers, elle donne un visage à nos craintes et à nos envies. Vampirette, parigote, saoulée au sang de lourdauds qui parlent la France en langage SMS, elle est désabusée et pleine de rage. Aspirine étouffe, maintenue la tête sous l’eau par une indescriptible colère mélancolique propre à la jeunesse d’aujourd’hui. Sauf qu’elle, elle est condamnée à ne jamais connaître l’apaisement de la maturité. Qu’importe les ponts qu’elle saute et les suicides qu’elle tente, une chose est sûre : ce n’est pas une phase.

Alors elle s’assume, elle et sa rage. Elle tue, elle désosse à tour de bras et de crocs pour manger ou juste pour s’en amuser. Comme l’alcool que l’on ne boit pas par nécessité ou par soif, mais surtout parce qu’on y prend goût, que ça nous évade. Sauf qu’elle dépasse les bornes, même pour un monstre. Alcoolique de la vengeance, il faut sauver la jeune femme, il est temps pour elle d’aller mieux.

Crise d’ado, crise d’existence, elle a le spleen Aspirine. Elle a toutes les armes pour se défendre sauf d’elle même. Et même sa soeur Josacine s’y met, « Aspirine tu as trop de colère, tu devrais être philosophe ». Mais elle n’a pas envie de se calmer. Pourquoi n’aurait-elle pas le droit d’être violente, d’être en colère? Déjà qu’elle n’a le droit ni de mourir tout à fait, ni de vivre pleinement, ni même de vieillir. Et puis de la philo, elle en bouffe déjà tous les jours à la Sorbonne.

Alors le jour où le prof veut lui apprendre à vivre à grands coups de citations dans cet amphi pompeux (et vide), c’est la goutte d’eau. Même si tout ce qu’elle sait faire, c’est mourir encore et encore, elle en sait long sur la vie et ceux qui l’ont philosophé et théorisé. Elle les connaît parce qu’elle les a croisés, les Kant, les Sartre, les Rousseau et les Nietzsche. Et pas un n’a eu la réponse. « Si un de tes philosophes t’a fait croire que la vie est juste, tu peux te faire rembourser », qu’elle sort rageusement au prof qui s’accroche.

Et non, celui qui a la solution, c’est peut être ce garçon un peu trop fou d’occulte et de pop culture. À la recherche de la vraie magie, c’est Aspirine qu’il trouve. Du fond de son amphi, ça ne fait pas 300 ans et pourtant Yidgor non plus ne supporte plus le monde dans lequel il vit. Alors il s’est enfermé dans un autre, celui qu’il écrit seul, au hasard des dés et des légendes de Lovecraft, mais il est prêt à en sortir si ça peut sauver sa nouvelle amie.
 

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Puis du fond de son univers un peu trop étriqué, il a des choses à apprendre à Aspirine. Et si la rage et la déprime, c’était d’espérer plus fort, de souhaiter plus grand. Josacine a lâché prise et se laisse aller au plaisir de la chair, mais Aspirine y croit encore. Alors deux âmes perdues aux traits tremblants, typiques de la plume de Sfar, se retrouvent sur le même chemin tordu.

Avec Aspirine, c’est deux ados qui vont vivre un joli moment. C’est une génération qui va comprendre que réussir ce n’est pas changer. Que de devenir un superhéros ce n’est pas de se transformer, mais plutôt de bricoler avec ce qu’on est. Alors, non, les profs de philo n’ont pas toutes les réponses, mais de toute façon il n’y en a pas. Alors on se resserre une tasse de tisane au sang frais, et on saupoudre le tout d’un peu de magie, noire, de préférence. 

Aspirine - Joann Sfar - Rue de Sèvres - 9782369814610 - 16 €



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Pour approfondir

Editeur : Rue De Sevres
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Total pages :
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ISBN : 9782369814610

Aspirine t.1

de Joann Sfar(Auteur)

Aspirine, étudiante en philosophie à la Sorbonne a la rage, elle ne supporte plus de revivre sans cesse les mêmes épisodes de sa vie pourrie. Et ça fait 300 ans que ça dure car Aspirine est vampire, coincée dans son état d'adolescente de 17 ans. Elle partage un appartement avec sa soeur Josacine, heureuse et sublime jeune femme de 23 ans, qui elle au moins, a eu l'avantage de devenir vampire au bon âge. En perpétuelle crise d'adolescence, elle passe ses nerfs sur son prof, sa soeur et tous les hommes "relous " qui croisent

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