Oklahoma Boy, Iron & Flesh, de Thomas Gilbert

Clément Solym - 19.02.2011

Bande Dessinée - guerre - souffrance - folie


Quand Malbrouc s’en va-t-en guerre, Dieu seul sait quand reviendra. Mais quand le petit Oklahoma prend les armes pour sa Nation et aider la vieille Europe à retrouver la liberté, Dieu préfère largement rester muet. Pourtant, Oklahoma est un bon petit soldat qui tue avec aisance et habileté.

Le nombre ne l’effraie pas : il avance sur la terre meuble, que labourent les obus et gorgée de cadavres tout juste engloutis, qu’elle n’a pas encore décomposés. Une terre de sang, de boue, de membres, avec au milieu, pas vraiment une rivière qui coule, plutôt le fracas des armes abandonnées, les baïonnettes et les balles. Que c’est beau, définitivement, la guerre...

Oklahoma a intégré les rangs de l’armée américaine, en poursuivant son travail d’aumônier. Dans la vie d’avant, celle qui s’écoulait paisible, loin de la vieille Europe qui s’empoigne comme avant de mourir, dans un soubresaut de colère, il répandait la parole de Dieu. Alors, dans les troupes, il continue de bénir les futurs morts. Entre boyaux et viscères, envoyant ad patres, il récite les Patern Noster. Les mutilés se ramassent à la pelle, bien plus grande que le petit aumônier ne pourrait la porter.

Et puis un jour, l’homme d’Église se défendant. Et tue. La quête de sens de la présence de Dieu prend une nouvelle forme. Il rejoint alors les troupes d’assaut. Les plus violentes, peut-être. En tout cas, les plus proches des soldats allemands, en face. Il lacère, mutile, tue, au kilomètre, devient une bête à dispenser la mort, compagnon de la faucheuse...

Or, sur le terrain de bataille, entre deux chutes d’obus, il se trouve des êtres qui ne sont ni ennemis, ni alliés. Des créatures qui vivent pour ramasser les corps, et alimenter le carnage. Tant que dure la boucherie, ils batifolent au côté des hommes. Et aujourd’hui, c’est sur Oklahoma qu’ils ont jeté leur dévolu...
 
Les rats, les vers, les faucheuses démesurées, les cadavres, les tripes qui dégueulent, et puis les tranchées, la violence, la barbarie, l’humain qui se décline dans ses pires intentions, dans ses pires atrocités. L’humain n’est jamais aussi inventif qu’au moment de faire exploser son sembable.

Pour prendre la pleine mesure narrative de Thomas, trois pages à recommander : 15, 45, et la toute dernière, la 76. On en prend plein les mirettes en une pleine page, ou une case de silence assourdissant. Tout y est. L’humour cynique, sinistre, le silence qui laisse éclater l’horreur et tout le dessin bien torturé - celui que l’on retrouve chez son confrère Renart, de Manolosanctis, itou.

La Première-Guerre mondiale, comme on nous l’a rarement montrée, avec folie, brutalité et violence.



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