Oklahoma Boy : ordalie en plein désert

Clément Solym - 21.11.2009

Bande Dessinée - oklahoma - boy - ordalie


Le soleil brûle les chairs et nulle ombre à l’horizon pour se protéger. Bien droit dans ses chaussures noires, Oklahoma saisit une pierre et commence à se lacérer le torse lentement. Le sang coule et sèche sur son corps d’enfant. La douleur le met à genoux. Alors il prie Jésus, son Maître et Pasteur, de le conduire vers la rédemption. Puis il s’effondre, suant à grosse goutte.

 

Dans un bled paumé, perché au milieu d’un désert aride des États-Unis, Oklahoma vit avec son père dans une orthodoxie étouffante, criant à la face des gens leur dégoût pour les attitudes impies en tout genre. Chaque jour est une mise à l’épreuve de la foi, une lutte des enfants de Dieu contre le malin, tapi dans les éléments de la vie quotidienne : les limaces qui rongent les cultures ; les serpents cachés dans le potager ; le simple regard des autres habitants. Tiraillé entre la candeur de l’âge et la maturité paradoxale de son expérience, le chemin parcouru par ce môme est troublant.
 



 Il croise les autres enfants du village, avec lesquels il aime discuter autour du feu jusqu’à une heure avancée de la nuit, et se rend compte de toute l’horreur qui cerne leurs vies, brisées par les adultes. Quand il interroge son père, celui-ci le renvoie à la Bible : « Nous sommes tous coupables d’être nés ! ». Et nous payons tous notre place ici-bas au prix le plus fort. Cet étrange système fondé sur la culpabilité est le terrain idéal pour faire germer toutes les pathologies : de la violence ordinaire jusqu’au meurtre le plus abominable, celui du Père.
 


 Cet album c’est du Noir Désir en live, La chaleur en tête. Baigné dans un rythme saccadé, rempli de poésie et d’innocence perdue, on en tourne les pages fébrilement, en attendant la case suivante et les prochains démons. Il y est question de souillure et, rappelant l’essai de Mary Douglas sur la pollution et le tabou dans la société américaine, Thomas Gilbert interroge les fondements de nos sociétés où règne la peur, de l’autre et de la punition. C’est une version revue et corrigée de La petite maison dans la prairie, avec une Amérique rongée par la saleté qui finit par crever dans sa pisse, la gueule ouverte. Jusqu’à la prochaine renaissance…

 

L’aventure Manolosanctis démarre fort, avec un concept original – celui de publier les albums plébiscité par la communauté des internautes – et des réalisations soignées. La lecture en ligne est totale et absolument gratuite, et chaque roman graphique peut être commenté par les lecteurs. Quant à la version papier, elle est disponible uniquement sur Manolosanctis Une brèche dans le système traditionnel de l’édition BD ? On a pas pu s’empêcher de poser quelques questions aux fondateurs de cette entreprise d’un genre nouveau.