Olympe de Gouges, une femme hors du temps

Clément Solym - 23.04.2012

Bande Dessinée - Olympe - Catel - Bocquet


Avec « Olympe de Gouges », Catel et Bocquet nous proposent une nouvelle biographie de femme extraordinaire, pour faire suite au succès considérable remporté par leur épais « Kiki de Montparnasse », déjà publié par Casterman. Loin de choisir la facilité, le scénariste et la dessinatrice changent d'époque et remontent le temps jusqu'au XVIIIe siècle, quand la France imprégnée de l'esprit des Lumières préparait la révolution de 1789.

 

Née à Montauban en 1748, guillotinée 45 ans plus tard à Paris, Marie Gouze a traversé un siècle où l'on brassait les idées et s'est mis en tête de défendre les siennes, bien en avance sur son temps. Éclairée par les textes de Rousseau puis par ceux de Voltaire, elle défend activement l'abolition de l'esclavage, à travers une pièce de théâtre, puis prolonge ce combat en rêvant d'un monde où les femmes, à leur tour, auraient droit à leur émancipation. Où elles pourraient jouer un rôle à part entière sur la scène sociale et dans la sphère politique, puis plus tard dans la révolution elle-même.

 

Marie Gouze, fille naturelle d'un aristocrate dramaturge, comprend dès son plus jeune âge le fossé qui sépare sa mère de son vrai père, puis de l'abîme qui s'étend entre elle et le nouveau mari de sa mère. Elle qui apprécie la poésie et raffole du théâtre est obligée de se marier avec un homme qui ne goûte guère les choses de l'esprit, mais qui a le bon goût de mourir rapidement. Marie bénéficie alors de la liberté de pensée et d'action que lui procure son jeune veuvage, une situation plutôt exceptionnelle pour l'époque, qu'elle ne compte certainement pas abandonner en prenant un nouveau mari. La liberté est si précieuse à ses yeux que rien ni personne ne peut venir l'entraver. Ni le devoir ni l'amour. Marie Gouze vit en libertine, certainement, mais avant tout en femme libre, intelligente et combative. 

 

Pages intérieures

 

Elle montera à Paris, fréquentera les salons, les théâtres et les philosophes, sera jouée à la Comédie française et aura des enfants. Elle s'embarquera corps et âmes dans la Révolution. Mais elle tiendra tant à conserver sa liberté de pensée et de parole qu'elle aura bien du mal à censurer ses idées pour se conformer à la pensée politiquement policée qui suit rapidement la mort de Louis XVI. Elle finira décapitée comme tant d'autres, sous la Terreur, pour avoir proposé que les citoyens puissent se prononcer par référendum sur le destin de leur nation.

 

Féministe et polémiste, femme de tête et écrivain de conviction, celle qui choisit de se faire appeler Olympe de Gouges pour laisser derrière elle son passé provincial a défendu, en paroles, en écrits et en actes, bien des idées qui nourriront les combats féministes deux siècles plus tard. Rien que le fait d'avoir sorti cette personnalité de l'ombre suffirait à rendre ce livre remarquable. Mais la façon dont ce projet a été mûri l'est tout autant.

 

Rarement le roman graphique a-t-il été si proche du roman tout court et du roman historique, plus particulièrement. En 400 pages, les lecteurs ont le temps de s'immerger dans l'univers et dans l'époque, de rencontrer, d'oublier puis de retrouver les personnages secondaires, de s'intéresser à une anecdote puis à l'autre, sans être victimes de l'habituel rythme en 64 ou 48 planches. On comprend les stratégies de cour et de cénacles, les rapports de force et de séduction, les attitudes à la ville et les complots en coulisse. On entre de plain pied dans une période passionnante de l'histoire de France, où le débat d'idées pouvait entraîner rapidement des changements profonds dans la société elle-même.

 

Pages intérieures

 

On doit en tout premier lieu souligner le travail de dialoguiste de José-Louis Bocquet, qui a passé de longues heures dans les écrits de l'époque (les mémoires, les écrits polémiques et les pièces de théâtre, notamment) pour imprégner ses bulles du phrasé de l'époque, sans jamais compliquer la compréhension du texte.

 

Couverture Olympe

Retrouver

Olympe de Gouges

dans notre librairie

On imagine que, côté illustration, Catel a elle aussi potassé les planches de l'Encyclopédie, les vieilles gravures et peintures du 18e siècle pour détailler les costumes, les décors et les accessoires de cet album. On reconnaît ainsi au passage les attitudes des personnages des théâtres à découper imprimés à Epinal lors des scènes de théâtre et, à d'autres moments, les décors – notamment les bâtiments – rappellent les gravures de l'époque.

 

Le nombre impressionnant de planches ne doit en aucun cas rebuter les lecteurs, bien au contraire, c'est avec plaisir qu'on dépose l'album en cours de lecture, pour le retrouver plus tard. En effet, la vie d'Olympe est racontée en brefs chapitres qui se lisent d'une traite. Si le livre est long, il est sans longueurs.

 

Et la simplicité du découpage, avec un grand maximum de neuf cases par page, rend la lecture d'autant plus fluide que les personnages sont aisément identifiables grâce à un jeu de traits et d'accessoires remarquable par sa simplicité. Un foulard ou un chapeau, une forme de visage et un nez suffisent souvent à reconnaître un des protagonistes.

 

Et si vous n'en avez pas encore assez lu sur Olympe et ses contemporains, la bande dessinée est suivie d'une biographie chronologique puis d'une présentation détaillée de chacun des perosnnages historiques qui apparaissent dans le recit.

 

On peut parier que ce livre se retrouvera bien vite, comme « Kiki de Montparnasse », dans toutes les bibliothèques d'amateurs de bande dessinée éclairés. Et désormais, dès lors, familiers de cette impressionnante Olympe qu'ils n'oublieront pas de sitôt.




Commentaires

Pas de commentaires

Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.