Ornithomaniacs, de Daria Schmitt : Ô temps, ne suspends pas ton envol...

Nicolas Gary - 04.07.2017

Bande Dessinée - oiseaux icare voler - Ornithomaniacs Daria Schmitt - Hopper Nighthawks


« Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule ! Lui, naguère si beau, qu’il est comique et laid ! » Si Baudelaire avait pu écrire en noir et blanc – ce qu’il fit d’une certaine manière – son Albatros se serait appelé Niniche. Splendide et gracieuse, et soudainement, pataude et maladroite.



 

Il est fou de découvrir combien les histoires mythiques s’accommodent si confortablement du noir & blanc. Niniche, jeune adolescente, a les préoccupations de son âge. Mais les rêves d’une certaine Alice – foin du pays des merveilles ! Niniche ne plonge pas dans des terriers : elle s’élève vers d’étranges nids. Mais les personnages qu’elle y rencontre n’en sont pas moins déboussolants.

 

Dans une étrange demeure, Ninche rencontre Icare, squelette qui a tous les atours de Santa Muerte – jusqu’au sombrero. Il travaille pour le compte d’un fabuleux volatile, rare – Balaeniceps Rex. C’est que Niniche est également un drôle d’oiseau : « Quand j’étais petite, maman a cru que j’étais une sorte de fée... » explique-t-elle en dévoilant les petites ailes qui lui sortent du dos.

 

Venue pour qu’on l’opère – qu’on lui coupe les ailes – elle découvrira une école, celle des Hommes Volants. Ensuite, la magie opère. 

 

On définit le maniaque comme l’une des phases du trouble bipolaire – qui serait donc à l’opposé de la dépression. Et à ce titre, cet album déploie un faisceau enchanteur de correspondances. Chez Baudelaire – ne le quittons pas trop vite –, les parfums, les couleurs et les sons se répondent. Ici, les mythes, l’ornithologie et le rêve se chevauchent.

 

On nage au milieu d’oiseaux, et l’on mange des omelettes – superbe ! – et sur le blanc de la page, les traits noirs dessinent des formes qui rappellent immanquablement celles de Braque. 

 


 

Les images se superposent – le dessin d’une petite fille ailée en cache devient insensiblement celui d’un Griffon aux traits d’adolescente. Pourtant, le visage de Niniche semble maquillé comme celui d’un clown blanc : prend-on jamais les adolescents au sérieux ?   

 

NIniche vient ici apprendre à voler – et voici qu’elle croise la route du terrible L’Oiseleur – vraiment si terrible ? –, et qu’elle s’exclame : « Ils ont cassé mes ailes... C’est fini ! » Et Icare, si désemparé d’être mort, reste à la recherche d’engins incongrus pour se rapprocher des cieux, lui qui n’a jamais voulu prendre en compte les recommandations de son père.

 

Mais est-on sérieux quand on a 17 ans, et que soudainement on prend son envol ?

 

Parce qu’en quelques cases, Daria Schmitt active une multitude de références, par touches allusives, et avec une simplicité déconcertante. Presque, elle n’y toucherait pas même – et au détour d’une planche, on la sent sourire. Voici qu’Edward Hopper et son Nighthawks – Noctambules ? Oiseaux de nuit ? un rapace, dans tous les cas – surgit dans l’album, s’imposant au milieu d’une flopée de volatiles.

 

S’étonnera-t-on d’ailleurs de découvrir au gré des pages, un oiseau-chat – et que dans cette histoire, les personnages laissent quelques plumes ? Et puis, comment ne pas avoir Hitchcock à l'esprit – même si, ici, les nues se blanchissent de plumes.


 

C’est l’histoire d’une émancipation, des combats de l’adolescence, de la quête d’une identité, c’est une Alice moderne devenue Dariaérienne, partie à la rencontre de l’âge adulte. Et c’est en même temps bien plus que cela. 
 

[Extraits] Ornithomaniacs de Daria Schmitt


Cet album immense, hors norme – 3 années de travail et de recherches, sans trahir de secret... – c’est la rencontre entre une auteure et une créature qui ont fini par se fasciner mutuellement. Car le Balaeniceps Rex, oiseau peu connu, plus peut-être sous le nom de Bec-en-Sabot, s’il avait pu écrire, aurait certainement inventé l’histoire d’une jeune fille qui voulait être normale. 

 

Il l’aurait certainement baptisée Daria. Il n’en aurait pas fait une grande reine de l’Empire perse. Certainement plus une auteure de bande dessinée. Allez savoir qui a écrit en réalité l’histoire de qui ?

 

Ornithomaniacs – Daria Schmitt - 9782203096172 – Casterman – 25 €

 

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Pour approfondir

Editeur : Casterman
Genre :
Total pages : 104
Traducteur :
ISBN : 9782203096172

Ornithomaniacs

de Daria Schmitt

Une fable légère et drôle, aux références gothiques, à mi-chemin entre La Famille Adams et les films de Tim Burton. Niniche est une jeune fille comme les autres, accro au portable, avec une mère insupportable, une copine très bavarde et... des ailes ! Une toute petite paire d'ailes dans le dos, dont elle ne sait comment se servir et qui l'encombrent plus qu'autre chose. Mutation génétique, simple difformité, ou signe évident d'une double nature... Ses ailes lui ouvrent pourtant les portes d'un monde inattendu, lorsqu'elle rejoint une mystérieuse école et son curieux professeur.

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