Panique au village, Le vol du tracteur

Clément Solym - 02.11.2009

Bande Dessinée - panique - village - vol


Certains bleds ont des habitants complètement déjantés. Dans le petit monde qui est celui du village, Indien, Cow-boy, Cheval, Steven, Jeanine et Les animaux cohabitent en bonne entente. Tant que personne ne décide d’avoir une lumineuse idée. Surtout pas, de lumineuse idée. D’autant que pour des voisins, la vie à proximité les uns des autres nécessite une certaine conciliation. Genre, des concessions. Exemple : ON NE TOUCHE PAS AU TRACTEUR DE STEVEN. Règle simple et restrictive, certes, mais qui, si elle est respectée, assure à chacun une quiétude certaine.

De même, on a beau s’appeler Facteur et venir déposer un colis chez Gendarme, il ne convient pas de garer son vélo devant un panneau où il est explicitement stipulé de ne pas se parquer. Même si c’est dans le colis que vous apportiez que se trouvait ledit panneau. Eh, oui. C’est ainsi.

Ou si d’ordinaire vous passiez sur le territoire de Lynx, soyez polis, courtois et surtout bien élevés : ne le dérangez pas. Il est par exemple de mauvais goût de le sortir d’un repas en famille pour prendre des photos, ou de broyer son avion avec un obus. Toutes ces contrariétés le mettent dans une humeur catastrophique, qui lui font dévoiler son mauvais côté. Celui du chasseur, du tueur, de l’assassin, du meurtrier, de la bête sanguinaire qui réclame vengeance. Et peu importe que ce soit la faute d’un sanglier qui en scooter vous a coupé la priorité.

Bon, et blague à part : vous avez de l’humour ? Je veux dire, beaucoup d’humour ? Parce que, outre un dessin rivalisant de nullité avec les crobards de ma nièce de 7 ans, où les yeux et le nez sont réalisés par un T même pas stylisé, et que les plus belles réalisations sont probablement les pis de vaches, va vraiment falloir s’accrocher avec ce titre. Le dessin, autant que la couleur, relève de l’art enfantin comme pas permis. Enfantinement adulte, s’entend.

Mais les saynètes, elles, dégagent une atmosphère d’idiotie profonde et salutaire qui fera du bien au cadre stressé, au fonctionnaire désabusé et même au chroniqueur désemparé. Non pas parce que c’est idiot réellement : c’est pire. Les aventures de Cow-boy et Indien relèvent du grand n’importe quoi avec des enjeux et des quêtes stupidissimes qui rassurent profondément sur la nature humaine. Elle est capable du meilleur comme du pire.

Mais c’est souvent dans le pire qu’elle est la meilleure. Ici, tout est minimaliste, simpliste, réduit aux artifices les plus élémentaires pour atteindre un degré d’efficacité dans le bête qui dépasse souvent l’entendement. Inutile d’espérer y croiser une once de réflexion : ce titre est une perle de relaxation imposée, qui donne la mesure de tout un univers. Celui où l’humour, ce n’est pas simplement de lire cette BD. C’est vraiment d’avoir osé la faire.

Et ça…