Perceval de Mandolfo et Risbjerg : à vaincre sans péril, on triomphe sans Graal

Florent D. - 26.10.2016

Bande Dessinée - Perceval Mandolfo Risbjerg - chevalier Roi Arthur - Perceval BD


La Table ronde, ses chevaliers, son amour courtois, ses dames à délivrer et ses ponts invraisemblables... Tout un code, dans un monde extrêmement rigide : Perceval n’était pas vraiment fait pour cela. Mais ce garçon, vivant seul avec sa mère, aura l’illumination, un beau jour...

 

 

 

C’est avec Chrétien de Troyes que nombre de lecteurs a puy découvrir l’histoire de ce jeune garçon, en somme assez époustouflante. Car de la fin du XIIe siècle à nos jours, cette histoire n’a jamais manqué d’inspirer, comme c’est le cas avec Anne-Caroline Pandolfo et Terkel Risbjerg – scénariste et dessinateur.

 

Probablement parce qu’il fut laissé inachevé, ce texte laisse l’esprit libre de vagabonder – autant que les aventures à proprement parler de Perceval. Et pourtant, qu’il est nigaud, cet apprenti chevalier... Découvrant pour la première fois de sa vie des hommes en armure, il les prendra pour des anges. Pas très futé, évidemment. 

 

Le scénario ici reste assez fidèle à la trame de Chrétien de Troyes, et, finalement, c’est pour le mieux, car les dialogues profitent alors d’une trame connue pour mieux surprendre le lecteur. Cette pie qui, sur l’épaule de l’apprenti chevalier devient le contrepoint sarcastique – et un décrypteur de toutes les situations, est à ce titre à mourir de rire. 

 

Graal ou pas Graal, finalement on s'en fout

 

Les mondes que Perceval traverse n’ont rien d’une promenade santé – si le personnage n’est pas bien éveillé, il n’en reste pas moins touchant, attendrissant, dans sa vaillance et son sens de l’honneur aigu. Le trait de Risbjerg rend une belle justice au visage d’adolescent et les personnages rencontrés, avec la dimension merveilleuse qu’imposent les univers arthuriens, découlant de la Matière de Bretagne, sont parfaitement rendus.

 

Ici, les châteaux peuvent surgir du néant et apparaître au-delà des nuages, et les hommes se dévoilent alors que s’assemblent des corbeaux, pour prendre forme humaine. Du roi Pëcheur à Blanchefleur, la quête importe toujours plus que l’objet de la quête, pour cet apprenti habillé d’un vêtement écarlate... Eduqué loin de la chevalerie meurtrière, c’est en son sein même que Perceval va se précipiter avec plus de bravoure que quiconque et nul autre avant lui.

 

Les deux auteurs ont donné une grâce véritable aux épreuves, et su relever (découvrir !) toute l’humanité de ce personnage à part dans l’histoire de la littérature. Perceval est grand, un peu benêt, certes, mais rappelle à des valeurs simples comme la parole donnée ou l’engagement. Fidèle à son cœur, Perceval avance... 

 

Nul doute que Victor Hugo, mettant dans la bouche d’Hernani, « Je suis une force qui va », l’aura eu à l’esprit. L’œuvre de Pandolfo et Risbjerg en illustre magnifiquement toute la puissance...