Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Pereira prétend, Pierre-Henry Gomont

La rédaction - 21.03.2017

Bande Dessinée - Pereira prétend - Pierre-Henry Gomont - Antonio Tabucchi


Qui est donc Pereira ? Il est né une première fois en 1994 sous la plume d’Antonio Tabucchi pour renaître grâce aux crayons de Pierre-Henry Gomont. Pereira vit au Portugal en 1938 et s’occupe de la rubrique culturelle d’un quotidien alors que Salazar et ses sbires règnent en maîtres adoubés par Mussolini et Franco.

 

 

 

Depuis le décès de sa femme, le quotidien de Pereira est morne et solitaire. Une rencontre fortuite avec un jeune idéaliste va bouleverser sa vie.

 

Pourquoi lire cette adaptation graphique du roman d’Antonio Tabucchi ? Pour découvrir ou retrouver le roman italien dénonçant la dictature et la censure politique, écrit à un moment où Berlusconi va être élu pour la première fois chef de gouvernement en Italie.

 

Avec Pereira, mélancolique, massif et fragile souffrant d’une envie insatiable de nourriture confinant à la maladie, Tabucchi crée un personnage qui pourrait être Monsieur Tout Le Monde mais dont les convictions profondes et l’humanisme vont peu à peu reprendre le dessus sur la lâcheté et l’égoïsme.

 

Gomont s’est approprié le roman de Tabucchi de très belle manière, par le dessin évidemment. Le trait vibre légèrement, comme lorsqu’on regarde un paysage écrasé par la lumière solaire. Chaque silhouette se détache entourée d’un léger halo blanc, insufflant de l’énergie dans la page tout en créant une lisibilité exemplaire. Les couleurs, fortes, tranchées, participent pleinement à l’ambiance avec les ciels azuréens et les façades ocre que l’on sait être celles de Lisbonne.

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La conscience de Pereira prend la forme d’un petit bonhomme qui apparaît à ses côtés, le sermonnant ou l’incitant à prendre position sur ce qu’il voit et qui le révulse : des arrestations sommaires en pleine rue, des assassinats perpétrés par la police du régime et passés sous silence par la presse...

 

Ce roman graphique est un exemple parfait de ce que peut apporter la BD à la littérature : une relecture pleine de style et d’originalité donnant vie sous une autre forme à un texte fort, bien loin d’une simple transposition sans imagination ou éclat. Lecture recommandée aussi pour un public ado.

 

Frédéric Kilfiger,

Au Moulin des Lettres. Épinal

 

en partenariat avec le réseau Initiales