Petit suicide ou Grand plongeon : les articles pour en finir en magasin

Clément Solym - 15.09.2012

Bande Dessinée - Jean Teulé - magasin des suicides - Moshtar


À la fin des années 80, je regarde sur Antenne 2 L'assiette anglaise en direct (?) du Saint James Club de Paris : un magazine culturel chaleureux et décontracté, à l'image de son présentateur Bernard Rapp. D'une élégance naturelle - cultivée lors de son séjour au Royaume-Uni en tant que correspondant pour la deuxième chaîne hertzienne - et d'une érudition sans faille, il me charme et m'intéresse constamment. Surtout, il sait s'entourer de chroniqueurs singuliers, le moindre n'étant pas un certain Jean Teulé. 

 

 

La Chronique BD de BDfugue.com

 

 

 

 

 

Physique d'hurluberlu et propos enflammés, il nous parle de ses rencontres avec divers excentriques et doux dingues. On le connaît aujourd'hui comme écrivain à succès, adapté plusieurs fois en bande dessinée. La dernière et peut-être la plus étonnante vient de paraître : Le magasin des suicides (Delcourt) qui bénéficie du travail d'Olivier ka au scénario et de Domitille Collardey au dessin. 

 

La BD, Jean Teulé connaît, c'est même son premier métier : c'est un des auteurs phares de L'écho des savanes et de Circus, dans un style de moins en moins classique. Sa technique à base de photos retouchées selon différents procédés culmine avec Gens de France et Gens d'ailleurs (Ego comme x) puis il décide de ne plus se consacrer qu'à l'écriture.

 

Je, François Villon ou Le Montespan sont des textes superbes et maintenant des bandes dessinées remarquables, mais je trouve plus méritoire de mettre en images le magasin des suicides. 

 

On n'y trouve pas véritablement d'histoire avec péripéties et rebondissements, mais plutôt un catalogue des mille et une façon de mourir, et une galerie de portraits des candidats au suicide. On n'est pas loin de Marcel Aymé, sur le fil d'un rasoir entre la drôlerie et le désespoir, où la logique absurde qui guide les protagonistes est poussée jusqu'à ses extrémités les plus perturbantes. 

 

 

Le magasin des suicides, sur BDfugue.com

 

 

Dans cet univers bien ordonné, un élément perturbateur fait son apparition en la personne d'Alan, dernier-né de la famille Tuvache. Dans leur "Magasin des suicides", et de pères en fils depuis dix générations, on s'occupe de procurer à tous les candidats au suicide - un monde fou, peut-être la ville entière - accessoires et conseils indispensables. Accueil (glacial), choix (large et renouvelé), prix (raisonnables, sans aller jusqu'à proposer une carte de fidélité), tout est exemplaire, avec un talent particulier chez ces commerçants pour convaincre les hésitants et les pousser à l'achat. 

 

Mais voilà : le petit Alan Tuvache est un bébé heureux qui sourit et gazouille ! En grandissant, sa bonne humeur croit et embellit, il est la joie de vivre personnifiée. Autant dire un mauvais exemple permanent qui déteint sur les clients, et même sur sa famille !!! Et même sur l'album : il est la seule tache de couleur dans cet univers gris trottoir. Bref, on court à la catastrophe, et ce n'est pas drôle. Enfin si, justement...


Meilleurs voeux de Mostar

Meilleurs voeux de Mosthar

sur BDfugue.com

Un découpage très astucieux et des cadrages futés dynamisent le récit et mettent en valeur ce texte épatant. À noter enfin que Le Magasin des Suicides a encore été adapté récemment, mais pour le cinéma d'animation cette fois, et par l'éclectique Patrice Leconte !

 

L'approche graphique du réalisateur se révèle plus gothique et macabre et si la bande dessinée nous fait penser à Marcel Aymé, le film nous rappelle lui l'univers de Tim Burton.

 

 

 

Et jetez un coup d'œil à celui-ci... 

 

Meilleurs vœux de Mostar (Dargaud) de Franco Petrusa est la jolie chronique d'une adolescence dans les Balkans, à la fin des années 80. L'amitié, le sport, les filles : voilà tout ce qui intéresse Frano. Et surtout pas les différences de cultures entre communautés. 

 

Mais la guerre, décidée par les adultes remplis de haine, éclate bientôt et fait voler en éclats son fragile bonheur. Bien écrit, soigneusement dessiné et délicatement mis en couleurs, ce livre a beaucoup de charme !!!