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Portrait d'un énergumène : Rendez-vous à Dublin avec James Joyce

Thierry Saint Solieux - 18.05.2013

Bande Dessinée - James Joyce - Dublin - Zapico Alfonso


Derrière James Joyce, écrivain mondialement connu, se cache l'homme James Joyce. Alfonso Zapico nous propose de le découvrir tout au long des - nombreuses - pages de L'homme de Dublin (Futuropolis) Un portrait pas toujours flatteur, mais constamment fascinant ! Le portrait d'un énergumène assez insupportable au quotidien, à la fois égocentrique et prétentieux, ce qui de son vivant décourage nombre de lecteurs potentiels de ses bouquins, dont émane de toute façon un fort parfum de scandale. 

 

 

chronique BD avec BDfugue

 

 

Sa clairvoyance intellectuelle est remarquable... et souvent blessante pour ses interlocuteurs. Tiens, il me fait penser à Richard Wagner, orgueilleux au dernier degré, profitant honteusement de ses amis, ou même les trahissant parfois !!! Mais l'artiste est immense... 

 

Et aujourd'hui ? L'œuvre de Joyce garde une certaine réputation d'hermétisme. Une fois refermé L'homme de Dublin, c'est à chacun de voir s'il veut aller plus loin et se plonger dans "Ulysses" ou "Finnegans Wake" mais quant à moi, j'adore cette BD ! Elle se lit comme un roman, mettant en scène un personnage imprévisible, insupportable, pathétique et pourtant irrésistible. Un peu à l'image de son père John Joyce, pétri de talents divers qu'il gaspille sans modération. 

 

Mauvais homme d'affaires, mais politicien doué, il s'abîme dans l'alcool en voyant la cause irlandaise sombrer suite aux manœuvres tant des Anglais que de l'Église catholique d'Irlande. À l'instar de son père, donc, la défiance envers la religion et l'addiction aux spiritueux caractérisent très tôt l'existence de James Joyce. S'y ajoute un goût immodéré pour les femmes. 

 

Il rencontre le grand amour en la personne de Nora Barnacle et entame avec elle une vie d'errance à travers l'Europe. Une vie difficile, plombée par les soucis d'argent et l'alcoolisme, une vie rythmée par les refus ou la censure des éditeurs, avec toujours cette obsession de l'Irlande, adorée et détestée. C'est à partir de la Grande Guerre que le vent tourne enfin dans le bon sens pour James Joyce : écrivains célèbres et responsables de revues littéraires l'aident de différentes façons. Il déçoit ses soutiens, les épuise ou les met en rage, mais en trouve toujours de nouveaux !

 

James Joyce, L'homme de Dublin

Zapico Alfonso

sur BDfugue.com

L'œuvre de Joyce déroute, enthousiasme ou fait scandale, et symbolise une certaine modernité. Il ne se repose jamais sur le succès - tout relatif, le succès - mais explore sans cesse de nouvelles formes d'écriture, au risque de perturber jusqu'à ses plus fidèles partisans. Sa vie n'est certes pas un long fleuve tranquille ! 

 

Il meurt relativement jeune, après des années de souffrance en raison d'une grave maladie des yeux. Quant à sa fille Lucia, elle sombre dans la folie, au grand désespoir de son père. Beaucoup de drames, mais qui ne nous affligent pas très longtemps : le dessin de Zapico, vivant jusqu'à frôler la caricature, est en vérité au diapason du caractère de James Joyce, un fêtard bourré d'humour !!! 

 

La vie de Joyce nous est racontée de façon chronologique, extrêmement détaillée et pourtant toujours claire, alors que la masse d'informations est impressionnante. 

 

À la fin de la BD se trouve un petit bijou : la transcription pour la Nouvelle Revue française d'une conférence donnée par Valéry Larbaud à la Maison des Amis des Livres en 1922. Cet érudit y donne quelques clés pour entrer dans l'univers de Joyce et indirectement nous donne un aperçu des débats qui agitent le monde littéraire à l'époque. Un témoignage ô combien précieux, donc !

 

{CARROUSEL}