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Prince Dickie : Pieter Depoortere dézingue les contes de fées

Clément Solym - 11.06.2014

Bande Dessinée - Dickie - Glénat - Pieter Depoortere


On pardonne tout à un dessinateur qui représente Blanche-Neige comme ceci :

 

Blanche Neige par Pieter Depoortere

Il peut laisser les princes et les nains, ou même la sorcière, torturer sa princesse, la harceler, la maltraiter - tout comme les ours peuvent bouffer son chaperon rouge - on se marre quand même parce qu'avec un dessin si naïf et rondouillard, tout paraît acceptable. Surtout de se foutre de la morale et des bonnes mœurs.

 

Du coup, Pieter Depoortere se permet tout, y compris les suicides, les viols et les empoisonnements. Même la décapitation. Ce n'est pas parce qu'on est prince ou princesse qu'on ne peut pas morfler. Bien au contraire. Qui d'autre qu'une belle de conte de fées pourrait se permettre de finir empalée sur une licorne ?

 

12 cases, quoiqu'il arrive

 

 

 

Pieter Depoortere aime la régularité. Chaque planche est composée de douze cases carrées et revisite au grand galop un conte de fées ou une légende ancestrale. Rapunzel, la Belle au Bois dormant, Pinocchio, le Petit Chaperon rouge, les Mille et Une Nuits ou les Croisades en prennent pour leur grade. Bien souvent, le dessinateur se contente de réintégrer une dose de réalisme dans le féerique ou de pousser la logique du conte jusqu'au bout, alors que l'auteur original s'était arrêté au mariage. On ne peut pas prévoir la chute des planches, on sait juste qu'elle fera mal et que, quoi qu'il arrive, les époux ne vivront jamais heureux et n'auront pas beaucoup d'enfants.

 

Un tantinet moins trash que « Le fils d'Adolf », un de ses albums précédents où il revisitait la Grande Guerre en mettant en scène un jeune peintre à moustache, « Prince Dickie » baigne tout de même dans le politiquement incorrect et dans l'outrage permanent. L'humour est macabre, sordide et bête, c'est pour ça qu'il fait mouche. 

 

Des horreurs tout en rondeurs

 

Cependant, comme les images sont d'une naïveté désarmante, tout en rondeurs et couleurs vives, proches de l'illustration pour enfants (Dickie n'est-il pas a version BD des Bidibulles?), le fossé qui sépare les propos racontés et leur mise en image crée un décalage permanent, qui rend les gags outranciers supportables.

 

 

 

Si certaines planches rappellent les aventures du Petit Barbare dans la série « Game Over » de Midam, ils ne sont pas destinés aux jeunes lecteurs, au contraire. L'humour est potache, mais très mature, tendance Hara-Kiri. Dans l'univers de Dickie, les princes déçus par leur épouse vont aux putes et les nains complotent pour placer Blanche-Neige au centre d'une tournante. On est bien loin des traditionnels scénarios de contes de fées. Ou très près, justement, mais de l'autre côté du rideau, dans les coulisses où l'innommable est parfaitement accepté.

 

Sans un mot, dans la pure tradition des cartoonistes populaires sans parole et de leurs personnages rondouillards, Dickie, massacre les personnages légendaires de notre enfance. Réjouissant et délicieusement retors.

 

Et pour terminer, voici une planche du pendant féminin de Dickie le prince : Vickie la princesse, qui est l'héroïne de la moitié des planches de l'album.

 

Un gag de Vickie