Rouge Karma : une Inde aux couleurs très sombres

Clément Solym - 08.07.2014

Bande Dessinée - Inde - Sarbacane - Thriller


C'est une héroïne pas banale, Adélaïde, qui débarque en Inde dès la première planche de « Rouge Karma » : les cheveux vermillon, le ventre enflé par plus de huit mois de grossesse, un caractère déterminé et de l'énergie à revendre. Elle n'est pas venue là par hasard, elle est à la recherche de son compagnon, Mathieu, le père de l'enfant qu'elle porte, parti en Inde pour bosser dans l'informatique et disparu sans donner de nouvelles depuis plusieurs semaines.

 

Adélaïde n'a pas beaucoup d'indices pour retrouver Mathieu, mais, heureusement pour elle, sa route croisera celle d'Imran, un chauffeur de taxi pugnace lui aussi et particulièrement bienveillant. Les deux feront dès lors équipe pour retrouver l'informaticien spécialiste de la cryptographie, qui semble avoir mis le pied dans une affaire qui le dépasse, et qui menace à la fois des secrets d'état et la survie de toute une population.

 

Pas facile de comprendre ce qui a bien pu se passer, quand de tels enjeux sont impliqués et que la police locale, loin de collaborer, se met à tout faire pour qu'Adélaïde et son guide laisse tomber l'affaire.

 

Page du début

 

Rouge comme le sang

Ce qui frappe d'emblée, dans ce récit en terre indienne, c'est l'importance de la couleur dans le dessin de Pierre-Henry Gomont (qui avait déjà signé un album chez KSTR, sur un scénario d'Eric Borg). Loin d'une colorisation accessoire, façon ligne claire rehaussée de dégradés informatiques comme on voit dans presque tous les albums depuis une quinzaine d'années, le dessinateur fait appel aux nuances de la peinture – et tout particulièrement aux tonalités de rouge offertes par sa palette d'aquarelliste – pour créer l'ambiance de cette enquête en terrain hostile. On sait que l'Inde est la terre des couleurs, mais on les peint d'habitude vives et tranchées, Gonot leur préfère les versions chaudes entremêlées, oscillant entre l'orange et le violet, et cela colle particulièrement bien au scénario.

 

Le divin et le profane ne font qu'un

C'est assez rare pour le souligner : on n'a pas l'impression un seul instant que cet album est scénarisé par quelqu'un d'autre que le dessinateur. Le tandem fonctionne si bien qu'on croirait que le dessin, les croquis et les ambiances sont à l'origine de l'histoire qui est racontée. Ce n'est pourtant pas le cas. Eddy Simon, l'auteur du scénario vit en Inde et a déjà pas mal écrit au sujet des grandes affaires criminelles : c'est tout naturellement que sous son clavier le pays et le genre policier se mélangent, pour créer ce récit palpitant, où se mêlent corruption, maternité, espionnage et karma.

 

Une fois de plus, les éditions Sarbacane nous invitent au voyage, en nous plongeant dans les entrailles et les zones d'ombre d'un des pays les plus fascinants qui soient pour les Occidentaux, même au XXIe siècle. Une réussite enivrante et colorée, un voyage moite et carmin qu'on n'est pas près d'oublier.

 

Beau paysage