S’enfuir, de Guy Delisle : récit d'un otage, ou la captivité

La rédaction - 22.03.2017

Bande Dessinée - Guy Delisle S’enfuir - Dargaud - récit otage captivité


En 1997, Christophe André, qui s’occupe de l’administration et des Finances pour une ONG dans la région du Caucase, se fait kidnapper par des Tchétchènes à Nazran, en Ingouchie. Les quatre mois qu’il passera captif de ces hommes, menotté à un radiateur, nous sont ici racontés par Guy Delisle, qui abandonne pour une fois le récit autobiographique afin de donner à entendre la voix d’un autre.

 

 

 

Si l’on sait dès le début que la détention de Christophe André connaîtra une issue heureuse, on ne reste pas moins pris par la narration de son enfermement. Guy Delisle a en effet réussi à rendre palpable l’écoulement très particulier du temps tel que l’a vécu le prisonnier, et en même temps à nous accrocher à une sorte de suspense.

 

Rythmées par le sommeil, les repas, et plus rarement une douche ou une cigarette, les journées de l’otage sont semblables, parfaitement cycliques, mais aussi doublées d’une interrogation permanente : la libération ou la folie viendront-elles ?

 

Le parti pris narratif et graphique (428 pages, tout de même, en nuances de bleu et de gris), avec son minimalisme, nous rend captif à notre tour, d’autant que les motifs de l’enlèvement ne sont jamais explicités, pas plus que n’est connue l’identité des ravisseurs.

 

Cette somme d’interrogations contribue à ce que le lecteur se sente en empathie avec l’otage, au plus près des différentes émotions et des différentes phases qu’il va traverser (incompréhension, colère, résignation...).

 

Guy Delisle fait le choix d’arrêter le récit avant le retour en France de Christophe André, éludant toute la question de la réadaptation à la vie quotidienne de l’ex-otage, un choix qui peut interroger, mais qui colle avec le propos de l’ouvrage : que se passe-t-il quand on est un prisonnier qui ne sait pas s’il sera libre dans une semaine ou un an ?

 

En rétrécissant volontairement son prisme à cette notion de captivité, Delisle signe un travail maîtrisé et sensible qui confirme qu’il est un auteur avec lequel il faut compter.

 

Aurélien Vines,
La Femme Renard (Montauban)

 

 

en partenariat avec le réseau Initiales