Sous le signe de la lune : se jouent les drames

Clément Solym - 05.12.2009

Bande Dessinée - sous - signe - lune


C’était il y a bien longtemps, dans la région isolée d’Aldéa, petit village espagnol fait de maisons de pierre et de bois.

Les gens vivent de culture et de chasse, attendant le colporteur pour acheter les menus objets qui manquaient à leur quotidien. La forêt qui borde Aldéa est un terrain de jeux idéal pour les enfants qui en connaissent les moindres recoins, de la maison dans les arbres à la tour du fou et son puit hanté. C’est là qu’Artémis et son jeune frère ont l’habitude d’aller jouer ou d’admirer la lune, qui brille à travers les branches. Comme Brindille, qui a en plus le pouvoir de parler aux animaux, et Rufo qui a celui de casser les pieds – quand ce ne sont pas les dents – de tout le monde. Aldéa est en fait un village presque comme les autres, avec des enfants généreux et d’autres rongés par la colère. Pour un peu on s’attendrait à voir débouler Petit Gibus au cri de « Si j’avais su, j’aurais pas venu. »

 

C’est en jouant de l’orgueil et de la fierté de Rufo que Pif, le serviteur chétif de la guérisseuse du village, invente un stratagème pour éviter sa corvée de ramassage de limaces. Vous ne saviez que c’était l’ingrédient nécessaire à une bonne potion magique ? Le vainqueur du concours recevra un collier magnifique au pouvoir étrange. Tous les enfants du village se retrouvent donc le soir de la pleine lune pour essayer de remporter la précieuse récompense. Alors que Brindille, grâce à l’indice glané contre un premier sac rempli de limaces, suit une chouette, Artémis et son petit frère se dirige vers la tour du fou : « Si tu veux la lune, cherche quelque chose qui te la rappelle : cherche à l’intérieur d’elle. » Brindille trouve le collier quelques minutes après tandis qu’Artémis envoie son petit frère chercher l’objet qui brille au fond du fond du puit, dont l’eau glacée reflète l’image de la lune. Et là, c’est le drame… La corde craque et les pires cauchemars d’Artémis prennent forme sous ses yeux. Son jeune frère périt dans les eaux du puits maudit.


Des années durant, Artémis reste cloîtrée chez elle, maudissant la lune qui l’a trompée.
Pendant ce temps, Rufo est devenu le maître impitoyable du village, traitant les habitants comme des chiens. Ramener le calme au village, rendre sa vie à Artémis et faire de Brindille un homme, sont les trois nœuds du problème qui se résout sous le signe de la lune. Avec de la magie, de la bravoure, une pincée d’amour et surtout grâce à l’intervention d’un forain pour le moins étrange, on assiste à une happy-end attendue mais pas dépourvue de beauté.

 C’est un beau roman, c’est une belle histoire ? À n’en pas douter Munuera et Bonet signe une réalisation hors du commun. La couverture est déjà une invitation au voyage, et en survolant les pages on jubile devant les planches en noir et blanc d’une grande justesse. L’atmosphère brumeuse et profonde des pages – impressionnante ! – est le fruit d’un long travail de recherche puisque Munuera, comme il le rappelle sur un blog dédié, s’est « tapé l’intégrale des films de monstres de l’Universal des années 1930 ! ». Le découpage classique en deux volets et l’utilisation des éléments traditionnels du conte fonctionnent bien, même si on aurait aimé l’ajout de quelques personnalités troublées pour enrichir le récit.
 

Ces deux-là se sont déchirés pour le signe de la lune. Pourtant, un petit hic subsiste. On a pris le temps de découvrir les personnages, de rentrer pleinement dans les quelques cent trente pages du récit, de s’en mettre plein les mirettes,  sans arriver à ressentir une émotion débordante. Le principal élément perturbant vient peut-être du dessin de Munuera. Bien qu’il ait beaucoup travaillé son trait, ce dernier a du mal à faire passer des sentiments. Il rappelle que sa formation « c'est 100 pour 100 caricaturale », ce qui explique certainement ce petit manque en refermant ce bel album.