Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Steak It Easy : l'autobiographie en tranches de Fabcaro

Nicolas Ancion - 18.01.2017

Bande Dessinée - Steak It Easy  - Fabcaro autobiographie tranches - dessinateur Fabcaro nouvel album


Il est déjà bien loin le temps où seuls les auteurs de BD décédés avaient droit à la réédition de leurs albums et aux intégrales. C'était à l'époque bien révolue où les nouveautés ne débarquaient pas par palettes entières toutes les semaines ou presque : les libraires avaient encore assez de place pour conserver un fonds de titres plus anciens, pour stocker et mettre en valeur les albums qui leur plaisaient.

 

Fabcaro - Festival Le Livre à Metz

Fabcaro - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

Désormais, c'est presque impossible : les tables sont occupées par les nouveautés, les rayonnages par les nouveautés du trimestre ou de l'année précédente – déjà un peu périmées – et, s'il reste de la place au fond de la boutique, on stocke quelques Hergé, Pratt, Tardi et Franquin pour les clients plus âgés.

 

Comment, dans ce contexte, ressusciter un album qui n'a pas connu le succès mérité lors de sa sortie ? En le republiant, bien entendu, car on le transforme ainsi en nouveauté et il retourne sur les tables... D'où l'intérêt des intégrales, des coffrets et des rééditions des albums pourtant récents : ils permettent de donner un second souffle commercial à des projets qui ont encore un public à trouver.

 

Elle m'a dit d'aller siffler

 

Avec « Zaï zaï zaï zaï », Fabcaro a été l'une des plus belles surprises éditoriales de 2015 et certainement l'un des plus gros succès de l'édition de BD indépendante depuis lors. Aux dernières nouvelles, 6 Pieds Sous Terre, son bienheureux éditeur, en avait écoulé plus de 60 000 exemplaires. Ce qui, par un calcul très simple (étant donné la virtuosité de l'album) crée un nombre de lecteurs ravis assez équivalent. Et donc d'acheteurs potentiels pour les albums précédents du même auteur, passés bien plus plus inaperçus.

 

 

 

La Cafetière, premier éditeur a avoir publié les planches de Fabcaro en album a ainsi joliment réédité trois des titres qu'ils possède à son catalogue. Cet épais « Steak It Easy » à la couverture rigide reprend ainsi « Le steak haché de Damoclès » (2005), « Droit dans le mûr » (2007) et « Like A Steak Machine » (2009).

 

Auréolé de viande

 

Les deux premiers volets sont composés de courtes tranches de vie, où l'auteur puise dans son passé de gamin, d'ado et de jeune père, des anecdotes parfois touchantes, souvent loufoques, qu'il raconte avec son don inné pour faire surgir l'absurde et le délire dans les détails les plus banals. Ainsi lorsqu'à l'âge de sept ans le petit Fabrice s'en va acheter une baguette à la demande de sa mère et entre par erreur dans une boucherie et en ressort avec un steak haché à la mesure de son budget baguette...

 

Timide, le petit Fabrice ? Pire que ça : replié dans son monde intérieur, à l'abri des wouwouw qu'il entend dès qu'une conversation s'enlise... Problèmes de communication, quiproquos, d'une planche à l'autre les situations sont bien différentes, mais les malentendus persistent. On rit beaucoup.

 

Bien sûr, Fabcaro , à l'époque, n'est pas encore affranchi du poids de ses maîtres. On sent la patte de Gotlib dans les répétitions de répliques par exemple ou dans certains dessins (comme le fou en camisole, la langue qui sort pour indiquer la concentration,...), mais cela ne fait que souligner le chemin parcouru depuis, dans l'inventivité comme dans le spectre graphique.

 

Sans la bande son

 

La troisième album repris dans ce livre, « Like A Steak Machine », fonctionne sur un parti pris formel plus marqué : chaque historiette en une planche repart d'un morceau de musique qui a marqué l'auteur – pour le meilleur comme pour le pire – et développe l'anecdote, souvent poilante, qui s'y rattache. Fabcaro s'excuse d'emblée pour l'absence de bon goût de sa sélection et il y a de quoi : de A-Ha, Elsa ou El Chato, on passe aux Pixies, à James Brown et Noir Désir. Sans aucune transition, comme dans un iPod en mode aléatoire.

 

Et soudain, au fil des planches, on se rappelle que dans « Zaï zaï zaï zaï » la musique tient au fond un rôle de premier plan, comme le titre l'indique, et que dans « Carnets du Pérou », Julio Iglésias lui-même faisait une apparition : la musique pop et le rock ne sont jamais loin du dessinateur. Il y puise des références et un sens aigu du tempo et des silences, mais surtout, utilise les références de la culture pop pour mieux ridiculiser ses personnages.